Nombreuses sont les plaques commémoratives apposées sur les murs de nos villes, et dans les rues de nos villages de France. Souvent, elles rappellent des évènements tristes ou graves. Mais, la précipitation du quotidien et le temps qui passe, finissent par les rendre invisibles à nos yeux.
Toutefois, si vous veniez à vous interroger sur la signification des pierres apposées sur la façade de la Mairie d'Ecully, petite commune jouxtant Lyon, voici leur histoire.
Messieurs Bunillo et Rossi, respectivement sous-officier infirmier et muletier, au sein du Premier Régiment de Tirailleurs Marocains, se souviennent :
Après les dernières opérations de la deuxième guerre mondiale en Autriche, le premier R.T.M fut cantonné à Ecully, du 1er octobre 1945 au 1er mai 1946, ceci avant prendre part à la campagne d'Indochine.
L'effectif de 120 hommes environ, fut accueilli par les châtelains d'Ecully. Pendant cette période, le régiment pris part à différentes cérémonies, notamment la prise d'armes Place Bellecour, qui fit suite à la découverte d'un charnier à la Doua.
L'attitude exemplaire de ces hommes étonna les ecullois, à tel point qu'ils commandèrent cette pierre gravée en l'honneur de ce régiment.
Quant à M. Rossi et à M. Bunillo, Français d'Algérie d'origine Espagnole, ils se fixèrent définitivement dans la commune d'Ecully, ayant rencontré tous deux, des Eculloises...
La Nouba a sans doute été constituée avec le régiment, une unité de tirailleurs ne se concevant pas sans elle, c'est à dire probablement en 1914. Ses exécutants portent le vocable amusant de Noubistes. Leur recrutement n'est soumis à aucune règle absolue. D'habitude, il est fait appel aux volontaires. La priorité est donnée aux tirailleurs qui ont déjà joué de la reita dans le civil. Si leur nombre demeure insuffisant, le choix se porte alors sur les candidats possédant la meilleure prestance (ce qui semble curieux pour des candidats musiciens) ou sur ceux qui paraissent les plus évolués (sic).
Les candidats désignés pour faire partie de la batterie sont confiés au tambour-major et apprennent à jouer soir du tambour, soit du clairon, soit de la reita.
Bien entendu, cette formation est assez lente en ce sens qu'ils doivent se familiariser d'abord avec un instrument qui leur est totalement inconnu et apprendre ensuite par cœur tout un répertoire allant des sonneries réglementaires à l'exécution de morceaux de musique militaire tels que défilés et marches solennelles.
Certains Marocains choisis parmi les plus intelligents (sic) sont désignés pour apprendre à jouer d'un instrument de musique tels que la trompette d'harmonie, la baryton, la basse, le trombone à coulisse et même le saxo. Des cours de solfège sont institués à leur intention et l'on assiste alors à cette chose à peine croyable qu'ils arrivent à bien déchiffrer la musique en clé de sol ou en clé de fa selon l'instrument qui leur est dévolu. Alors qu'ils sont incapables de lire le titre du morceau !
Il est évident qu'il faut une énorme dose de patience et de persévérance aussi bien du coté des exécutants que des instructeurs.
Quand leur formation est jugée suffisante, ces élèves sont incorporés dans les rangs de la musique où ils se fondent peu à peu dans la masse pour former avec les musiciens français un ensemble somme toute cohérent.
On ne conçoit pas une Nouba sans les reitas, le tebel et le chapeau chinois. La reita est un instrument rudimentaire que les artisans nord-africains façonnent dans leurs échoppes. A anche double, comme le hautbois dont elle est un très lointain ancêtre, elle émet des sons nasillards. Le tebel est un genre de tambour au fût allongé. Le chapeau "chinois" n'a rien de spécifiquement arabe comme son nom l'indique, c'est un instrument purement décoratif agrémenté de clochettes. En dehors de ces particularités, la Nouba a la même formation que les musiques militaires d'infanterie.
Les boucs font enfin partie du "personnel de la Nouba", elle en possède jusqu'à trois à la gloutonnerie permanente. Ils constituent l'attraction N° 1 du public. Ils étaient présents aux manifestations marquant les obsèques du président Edouard Herriot, place Bellecour à Lyon en 1957.
Le colonel Guy Girond, décédé brutalement en janvier 2002, s'employait depuis de nombreuses années à entretenir la mémoire du 2ème RSAR, notamment en ayant fait apposer sur les murs de la mairie d'Ecully, la plaque ci contre.
Le Deuxième Régiment de Spahis Algériens connu des heures tragiques qui firent sa gloire, lors du sanglant combat de Maison Carrée, au nord de Lyon, le 2 septembre 1944.
Guy Giron participa à ces opérations en tant que Maréchal-des-logis, chef du scout-car du 3ème peloton du 4ème escadron du 2ème RSAR. Ce dernier fut l'un des deux régiments de reconnaissance de l'Armée de Lattre.
On peut retrouver sur le site Internet de la F.A.R.AC (lien ci dessous), une évocation très détaillée de ce combat, dont l'auteur est François Lescel.
http://www.farac.org/php/article.php3?id_article=66