Récits, Poèmes, Souvenirs et Témoignages
du temps où l'Algérie était Française...


Lettre d'un vieux colon à nos enfants

 

Mademoiselle, Monsieur, Chers Amis,

Peut-être êtes-vous nés à Kherba, Miliana ou à St Cyprien des Attafs, que vous vous avez quitté un matin de juin en rentrant de l'école. L'Algérie, pour vous, c'est une cour de ferme brûlée de soleil, des parents qui pleurent en entassant des meubles dans un cadre en tôle ondulée. Peut-être êtes-vous nés à Moissac, Agen ou Romilly sur Seine, et l'Algérie n'est pour vous qu'un ensemble trop entendues, de souvenirs racornis sur des photos écornées, un accent à la fois familier et étranger. Comme on vous l'a dit à l'école : vos parents sont nés "aux colonies". Si vous habitez la vallée du Rhône ou de la Dordogne, vous les accompagnez à des couscous de l'Amicale, qui vous font l'effet de réunions de Russes blancs. C'est vrai, nous paraissons tirer notre passé sur nous comme un clochard tire ses hardes pour se réchauffer. Un passé que vos manuels scolaires vous disent fait de rapines, d'extorsions, d'abus et de bassesses, qui vous fait un peu honte.

N'en croyez rien, et soyez fiers de ce passé; Nos arrière-grands-parents ont fui l'avilissement du chômage et des ateliers nationaux, en 1848, les vexations de l'envahisseur en 1871, les tracasseries d'un pouvoir politique intolérant ou simplement la pauvreté des vallées savoyardes, des rochers de Sicile, de Malte ou des Baléares. Mais ils avaient tous un point commun : à la sécurité précaire d'un quotidien médiocre ils ont préféré l'inconnu et l'espoir de la liberté. Ils ne méritent pas les calomnies dont la France les couvre pour cacher sa mauvaise conscience. Les lois incohérentes ou iniques qui nous menèrent au désastre étaient votées dans l'ignorance et l'indifférence du Palais Bourbon, et non à Alger. Ils n'ont pas volé leurs terres : leurs eldorados étaient des concessions accordées sur les domaines turcs, des marais déserts ou achetés régulièrement sous contrôle de l'administration. En quelques années, la malaria allait tuer les faibles et la désillusion les rêveurs.

Mais ceux que la fièvre et le découragement épargnèrent vous ont laissé beaucoup plus qu'un patrimoine, ils vous ont fait entrer dans l'Histoire. Dotés de leur seule pioche, ils ont fait des domaines que la Californie des années 1990 ne surpasse pas. Déshérités de la culture, ils ont créé une langue et on humour qui, depuis trente ans réjouit les parisiens les plus blasés. Issus de l'école communale de Hammam-Zaïd ou Nechmeya, ils devinrent des scientifiques de renommée internationale, des Juristes respectés des artistes adulés. Repliés dans le dénuement, ils ont transformé des régions entières d'une France qui se croyait à l'avant garde du progrès. Si nous défendons cet acquis avec tant d'âpreté, c'est que nous l'avons mérité de génération en génération pour vous le transmettre. De cet héritage, vous êtes aujourd'hui comptables, et vous n'avez pas le droit de l'ignorer. Vous avez le devoir de conserver notre legs moral, et de réclamer ce que l'État nous a confisqué.

Que notre passé aide votre avenir que notre créance vous soit une dette d'honneur. Ainsi, nous pourrons vieillir tranquilles.

MERCI.

Jean Pierre Burgat Lettre parue dans le bulletin d'information des Agriculteurs Français d'Algérie


Octobre - Novembre 1963... la fin des Français en Algérie

Étant demeuré en Algérie jusqu'au printemps 64, j'y ai vécu, ainsi que mon épouse, la fin d'une époque. Nos occupations là-bas avaient cessé par suite de la nationalisation brutale et, imprévue dans les accords d'Evian, des terres agricoles annoncée par un violent discours du Président Algérien Ahmed BEN BELLA prononcé au Forum d'Alger face à l'ancien gouvernement général, le 1er octobre 1963, en plein conflit frontalier algéro-marocain.

En plus, il ne faut pas oublier que le 6 novembre 1963, il y a eu la nationalisation tout aussi brutale des stations de conditionnement d'agrumes et légumes, la production ayant été étatisée, il fallait que les outils de transformation et de conditionnement le soient aussi. C'est ainsi que, dans le village où nous demeurions, à Guyotville, à 15 km à l'ouest d'Alger, aujourd'hui Aïn Benian, ce fameux 6 novembre 63 ont été prises les stations POMONA, DI MEGLIO, VITIELLO, SUGLIA et SCHIANO, ALEMANY, GUYOTVILLE - PRIMEURS, station rouverte le 24.10.62 avec installation de la dernière machine de conditionnement d'agrumes construite à Alger au Ruisseau par les Ets BLANC.

La rue Sadi-Carnot et les Halles Centrales à AlgerIl a fallu quitter les lieux sur le champ, sans pouvoir emporter ne serait-ce qu'un souvenir familial auquel mon épouse tenait. Sauveur VITIELLO, ancien grand joueur de football au Gallia Sport d'Alger, devenu par la suite l'un des plus grands exportateurs de l'algérois (15000 à 20000 tonnes d'exportations par an) a été laissé à pied dans le village; son véhicule ayant été pris par le comité de gestion de ses entrepôts, c'est moi qui ai eu la charge de le raccompagner à Alger, à ses bureaux, situés dans l'immeuble de l' Aéro Habitat au Telemly.

Le même jour, à Boufarik, à 35 Km au sud d'Alger, ont été nationalisées les Stations de la SCA (Société Coopérative des Agrumes), la SEM (Société des Emballages de la Mitidja) dirigée par Monsieur CHAMSKI, celles de Messieurs Paul et André BENSAID, MAYOL, etc ... à Rovigo celle de la Coopérative dirigée par Monsieur CALMETTE, MERCADAL à Hussein-Dey, etc ... Il faut signaler que c'était le début de la campagne d'exportation et toutes ces usines étaient pleines de produits agrumes et légumes. L'arrêt a été immédiat avec l'installation des comités de gestion dépendant de l'ONRA, Office National de la Révolution Agraire. Dans de nombreux cas, les décrets de nationalisation ont été remis plus tard, n'étant même pas imprimés. A Boufarik, ont été prises aussi les usines de transformation de jus de fruit. ORANGINA et SOJUFRUIT, dirigées Messieurs BITOUN et PIANELLI.

Certains et nombreux parmi la jeunesse des deux pays l'ignorent encore et aussi ceux plus âgés qui feignent l'ignorer, étaient demeurés, après l'indépendance, beaucoup de gros, moyens et petits agriculteurs qui avaient tenté de jouer le jeu en vertu des accords d'Evian et de rester là-bas ... sur place, de continuer à y vivre, par peur aussi du saut dans le vide: partir, où ? Dormir quelquefois dans les squares ou salles d'attente de gare comme c'était le cas à Marseille, au Parc Chanot ou à la gare Saint Charles, vivre à 10 ou 15 dans un appartement en attendant de voir venir...

Alors, contre vents et marées, attentats et enlèvements, ils sont restés, j'en faisais partie et nous avons vécu tout ça, bu le vin jusqu'à la lie, au sens figuré bien sûr, car celui de la récolte 1963 vinifiée à Boufarik sur la ferme de mon beau-père, Jean ALEMANY, décédé à Guyotville le 31/7/62, un mois après la proclamation de l'indépendance, le vin n'a pu ni être tiré ni être bu, il a été bloqué sur place, au printemps 64, par le comité de gestion installé sur la ferme empêchant les Ets SAPVIN d'en retirer les 800 hl produits et vendus par contrat, les récoltes 1963, céréales, agrumes, vignobles, ayant été laissés, soit-disant, à la disposition des agriculteurs nationalisés. C'était, pour le comité de gestion un trésor de guerre en quelque sorte...

Je dois signaler aussi que le quitus de sortie délivré par le Commissariat Départemental de la Réforme Agraire nous avait été accordé après parcours d'un véritable chemin de croix: apurement de tout ce qui pouvait être dû aux administrations fiscales, P.T.T., gaz, électricité, etc ... Oui, nous avons vécu de visu et, sur place la mise en route du rouleau compresseur socialiste, d'abord au printemps 63 par la prise de possession des grands domaines dans l'algérois, celui de la Trappe de Staoueli qui appartenait à Henri BORGEAUD, ceux d'Henri GERMAIN et Jack A VERSENG à El Affroun et beaucoup d'autres dans les départements voisins FERNANDEZ à Perregaux, MONREAL à Relizane, etc...

Pour la prise de possession du domaine Borgeaud, les chars de l'ANP ont couvert l'opération, il s'agissait de la disparition d'un symbole de la colonisation ... Il convient de rappeler que Monsieur Henri BORGEAUD était demeuré en Algérie à la tête de ses affaires. Un souvenir personnel, le 31 juillet 62, lorsque mon beau-père est décédé, Monsieur BORGEAUD, informé par téléphone, est venu à notre domicile, après s'être recueilli devant la dépouille de mon beau-père, nous retirant dans le salon, il a prononcé cette phrase :"PASCUITO, le plus dur est passé, nous allons être choyés ..." Jean ALEMANY et Henri BORGEAUD étaient des amis de longue date, ils avaient mis en route la culture du riz en Algérie dans leurs domaines du Bas Mazafran à Boufarik et aussi créé l'usine de traitement, transformation et conditionnement du riz "SORlZAL" située entre Guyotville et Staoueli au lieu-dit "les Dunes". C'était la plus grande et la plus moderne d'Afrique prise aussi quelques années plus tard par l'O.A.I.C. (Office Algérien des Céréales dont le premier directeur algérien de l'époque a été Monsieur LOUHIBI, devenu par par la suite Consul Général d'Algérie à Nice, puis ambassadeur à Athènes). Avec ma femme, dans les années 1975, nous sommes allés lui demander la restitution de cette usine qui n'a jamais été indemnisée ni par la France, ni par l'Algérie. Notre demande était motivée par une perspective de vente à Monsieur M'Chiche El Alami, très gros riziculteur de la région de Kenitra ( ex Port Lyautey au Maroc ). Bien entendu, la restitution n'a pas pu se faire...

Au printemps 63, nous pensions que la nationalisation des grands domaines serait, dans l'immédiat, et pour au moins 10 ou 15 années, comme au Maroc, la seule manifestation de l'application de la Réforme Agraire. Que les petites surfaces ne seraient pas concernées, ainsi que celles des agriculteurs partis en vacances et lesquels, informés des occupations illégales de fermes, appartements et commerces au cours de l'été 1962, d'enlèvements d'Européens, ont été empêchés d'y revenir, craignant aussi pour leurs vies. Il faut savoir qu'en Octobre 1963, lors du discours du Président Ben Bella, il restait en Algérie plus de 1000 agriculteurs, propriétaires ou exploitants de moins de 10 hectares qui, eux aussi ont été balayés par la tempête socialiste dans des conditions très souvent pénibles, les membres des comités de gestion voulant s'approprier tout de suite la maison du "Maître", empêchant bien souvent d'emporter meubles souvenirs et toujours véhicules, outillages divers, tracteurs restés sur place avec possibilité ou pas de finir les inventaires en présence d'un représentant de l'Ambassade de France qui ne pouvait pas être partout à la fois et c'était le sauve-qui-peut...

Le Président Ben Bella, pris peut-être de remords, a attribué une somme de 10.000 NF à chaque petite exploitation de moins de 10 hectares nationalisée par suite de la mesure agraire du 11/01/63. Il a remis un chèque de 1.000.000 de Dinars Algériens à Monsieur l'Ambassadeur de France à Alger. Ce dédommagement social et moral... a bien été remis à chaque propriétaire ou exploitant présent sur les exploitations au moment de la nationalisation, mais cette somme de 10.000 FF a été déduite de l'indemnité misérable accordée et versée par la France, octroyée par les gouvernements français quelques 20 années plus tard... Le chèque du Président Ben Bella a-t-il été encaissé et par qui ? Ces nationalisations ont marqué la fin des illusions et provoqué aussi le départ de tout ce qui se rattachait à l'agriculture: Fournisseurs de semences et engrais, produits chimiques, entretien de machines agricoles et hydrauliques, norias, pompages, etc ... Il y avait encore en Algérie les représentants des semences VILMORIN, TEZIER, graines d'élites CLAUSE, etc ...II y a eu ensuite monopole de l'État pour l'importation de semences.

Par suite de tout ce mouvement de replis décrits, il y a eu aussi nationalisation de la presse Dépêche d'Algérie, Echo d'Alger, le Journal d'Alger, l'Echo d'Oran, la Dépêche de Constantine, etc ... Les Hôtels Aletti, Saint Georges, Albert 1er à Alger, pour ne citer qu'eux, l'Hôtel Martinez à ORAN, tous en quelque sorte plus toutes les salle de cinéma qui appartenaient à des Européens, les maisons de Transit: Alger CAUSSE, MORY, BAHU et COUDRAY, SERRES et PILAIRE l'AMAS, FRANZONI, SINTES, etc... et partout en Algérie. Les Banques installées en Algérie Société Générale, BNCIA, Crédit Lyonnais, Société Algérienne de Crédit et de Banque, Société Marseillaise de Crédit, Crédit du Nord, CNEP, CFAT, disons toutes ... Les compagnies de Navigation Maritime CGT, Cie DIXTE, SCHIAFFINO, Charles Le Borgne, CBVM, etc ...toutes... Médecins et Pharmaciens demeurés en Algérie ont été l'objet de redressements fiscaux très importants et arbitraires, cela a été le coup de grâce pour eux et d'autres professions libérales demeurées là-bas... études de Notaires et Huissiers nationalisées également. Il ne faut pas oublier, dans ce contexte de l'époque, la nationalisation des raffineries, dépôts et réseaux de distribution des hydrocarbures. C'est ainsi que l'on a vu disparaître toutes les stations- service ESSO -TOTAL -SHELL -MOBIL -B.P. -AVIA -ELF, etc... Elles ont été remplacées par la marque SONATRACH - Fin d'une époque... Les grossistes en bois ont subi le même sort, remplacés par la SONACOB. La liste serait trop longue pour énumérer tout ce qui est passé au secteur d'État après la proclamation de l'indépendance... Air Algérie, compagnie privée devenue compagnie nationale.

N'oublions pas les drames humains occasionnés par ces nationalisations brutales; à ma connaissance, deux suicides par pendaison à des arbres de leurs propriétés, Monsieur VAN de KERKOVE à Staoueli et Monsieur Joseph TORRES à Fort de l'Eau. Ma mère, âgée de 73 ans, a été ASSASSINEE par des voleurs le 8.12.1962 sur notre petite propriété familiale située à Baïnem Falaises à 11 Km sur le littoral ouest d'Alger.

Après les nationalisations d'octobre 63, le Président Ben Bella avait précisé que les surfaces inférieures à 1 hectare ne seraient pas concernées. Il y avait 6 hectares 1/2 et nous étions 7 enfants encore en vie et présents en Algérie. Étant donné le drame vécu, nous n'avions pas fait effectuer le partage notarié même sur plan, qui pouvait penser qu'il pouvait être la première urgence. Ce partage n'ayant pu être fait, nous étions donc dans l'indivision. J'ai refusé, pendant plus de 3 mois, de quitter les lieux et j'ai continué l'exploitation. Après maintes démarches auprès d'autorités algériennes, toutes sans succès et, en dernier lieu la venue sur place du secrétaire de la Mairie de Guyotville, Monsieur GUEGUECHE Brahim me demandant instamment de partir, il a fallu quitter les lieux.

Après un très bref séjour en France, départ pour le Maroc afin d'y occuper un emploi dans l'Import-Export. La villa de mon beau-père située en plein milieu du village de Guyotville avait été laissée en garde à un ami d'enfance algérien, c'était le 30 juin 1964, afin d'y passer l'été. Qui pouvait imaginer qu'elle allait être occupée par effraction de la porte d'entrée en novembre 1964... 28 mois après l'indépendance ... Le commerce extérieur marocain ayant été aussi nationalisé, après un an à tourner en rond en octobre 1966, j'accepte une place de représentant sur l'Algérie et nous y sommes retournés plus de 60 fois jusqu'en 1989, notre dernier voyage là-bas...

Reçus pendant nos séjours là- bas dans 90 familles algériennes, choyés. ..vraiment. Plus d'hôtels à Alger de 1976 à 1989. L'hospitalité nous a été offerte de toutes parts ..., Monsieur BORGEAUD avait raison trop tôt ... Ma soeur aînée, Lucie PASCUITO, née en 1912, était employée dans le plus grand dépôt en gros de produits pharmaceutiques, les Ets DIAZ à Alger, situés sur le port. Nationalisés aussi ...Elle y est demeurée jusqu'en 1966, intégrée au comité de gestion, elle ne voulait pas quitter l'Algérie. Elle demeurait au Champ de Manœuvres dans le même immeuble que la famille Ben Bouali, parents d'Hassiba, héroïne de la révolution algérienne, l'ancienne rue Sadi Carnot à Alger porte son nom. Dans les années 1975, ma sœur était employée sur le Cours Belsunce à Marseille. En vacances, passant par là, Madame Ben Bouali Mère et sa fille Fadela, l'ont reconnue, l'ont abordée, lui demandant un renseignement, afin d'être certaines que c'était bien ma soeur... Elles se sont embrassées en pleurs se rappelant de bons souvenirs de bon voisinage du Champ de Manœuvres...

Voilà, le passé évoqué. Étant du passé, tournons-nous vers l'avenir, 2003 sera l'année de l'Algérie en France. Mon esprit est celui de la réconciliation. J'ai organisé en 1987 le Bateau de l'Amitié sur Alger, en décembre 2001 une rencontre qui, un jour ou l'autre, sera qualifiée d'historique entre un Général Français en renom et deux membres de la famille d'un chef historique de la révolution algérienne décédé en 1957, et bien d'autres démarches auprès des responsables politiques Français et Algériens, toujours dans le même sens. Je souhaite qu'une rencontre de 40 anciens combattants des deux nations soit organisée à Alger et aussi à Paris. Dépôt de gerbes et plaques commémoratives aux deux monuments: celui situé sur les hauteurs d'Alger et à l'Arc de triomphe à Paris plaques portant inscriptions: A TOUS LES MORTS DE LA GUERRE D'ALGERIE. Donc, pour conclure, je souhaite un plein succès à l'Année de l'Algérie en France, je souhaite aussi une pensée pour tous ceux qui ont vécu ces moments évoqués et réels.

Et puis aussi, une réflexion personnelle: Si cela est vrai de ce qui se dit et s'écrit, si Monsieur DEPARDIEU a pu acquérir des centaines ou des milliers d'hectares de terres pour y cultiver de la vigne, pourquoi en 1963 avoir fait partir Messieurs BORGEAUD, AVERSENG, GERMAIN et tous les autres, petits, moyens et grand agriculteurs ? Si aujourd'hui l'on fait appel aux investisseurs Banques, Sociétés d'assurances, chaînes d'hôtels, implantations d'usines, etc ...c'est que le choix de l'époque était mauvais, tournons la page de part et d'autre...

Pascuito - Primeurs1962/1963 ont été les années de la fin de la France en Algérie. Espérons qu'en 2003 la vraie réconciliation fasse son chemin, que les visas d'entrée soient supprimés pour tous les Pieds-noirs nés en Algérie avant le 5 juillet 1962, que les bons rapports s'établissent entre les deux peuples, sans arrière pensée, que les cimetières français soient protégés et entretenus comme il se doit. A l'occasion de cette année 2003, par un geste fort et symbolique, le Président Bouteflika pourrait annoncer un complément d'indemnisation pour tous les biens nationalisés, déclarés vacants ou biens de l'État, voire vendus à vil prix.

Au cours de cette période décrite pendant laquelle le Président algérien a occupé les postes de Ministre de la Jeunesse et des Sports plus celui de Ministre des Affaires Étrangères dans le Gouvernement du Président Ben Bella, il ne peut ignorer que qui s'est passé. 85 après, on rembourse les emprunts russes. Pourquoi pas un geste envers les Pieds-noirs? Quant à l'année de l'Algérie en France en 2003 : son organisation, du coté français, a été confiée à Monsieur Hervé BOURGES. Au moment des nationalisations brutales, Monsieur BOURGES était Directeur du Cabinet du Président Ben Bella, faisant partie du 1er cercle, lui aussi, ne peut rien ignorer sur cette période et ne peut contester l'historique de ces moments. .. Qu'enfin, le cessez-le-feu des esprits se produise vraiment tel le titre de mon dernier livre paru en 2000, après le premier ouvrage paru en 1999 "Terre Natale, l'impossible oubli" ...évocation du passé familial, conjoncturel, agricole, commercial, des bons rapports entre commerçants, quoi qu'on en dise...

J'ai aujourd'hui 75 ans

Jean- Pierre PASCUITO
Marseille, le 7 novembre 2002.


L'AIGLE.

Ce n'était pas une colombe qui planait
Sous le ciel bleu d'Alger,
C'était un aigle !
Un oiseau de mauvais augure,
Annonciateur d'un noir futur.
C'était un aigle !

La foule avançait. Aux lèvres une chanson.
La même qui la porta au devant du canon,
Lorsqu'elle offrit sa vie, à la mère Patrie,
Pour libérer la France, des hordes ennemies.

C'est nous les Africains
Qui revenons de loin...
Venons des colonies
Pour défendre le pays
Nous avons laissé là bas...

Ce n'était pas une colombe qui planait
Dans le ciel gris d'Alger,
C'était un aigle !
Un oiseau au sombre dessein,
Broyeur d'âmes et de destins.
C'était un aigle !

Lorsque la foule hurla, voyant l'enfant tomber,
C'est parce que la mort soudain s'est déchaînée !
On ne comprenait pas pourquoi les militaires,
Tiraient ! Tuaient ! Un pitoyable acte de guerre !

Nos parents, nos amis,
Et nous portons au cœur
Une invincible ardeur
Car nous voulons
Porter haut et fier...

Ce n'était pas une colombe qui planait
Dans le ciel rouge d'Alger.
C'était un aigle ! Un oiseau porteur de souffrance,
Messager de désespérance.
C'était un aigle !

 

Au pied de la Grande Poste, au cœur de la ville,
Il y eut plus de cent morts ! Que des civils
Il y eut des blessés. Soixante à quatre vingt !
Pour les Pieds-Noirs en larmes, c'était l'heure de la fin !

Le beau drapeau
De notre France entière.
Et si quelqu'un
Venait à y toucher,
Nous serions là...

Ce n'était pas une colombe qui planait
Dans le ciel noir d'Alger !
C'était un aigle !
Ce jour là, brillante dans ses serres,
J'ai vu comme une croix de fer...
C'était un aigle !

Pour mourir à ses pieds.
Battez tambours
A nos amours
Pour le pays, pour la patrie
C'est nous... ??????

 

Robert Puig

20 Janvier 2009.

Un éventuel complément aux anciens articles de Messieurs A. BENSOUSSAN et P. GARE.

Le Lycée Emile Félix GAUTIER d’Alger

Notre Lycée avait pour nom celui d’Emile Félix GAUTIER, historien, géographe, hydrographe, chercheur, aventurier pour le meilleur de ses recherches. Il s’était intéressé aux « pierres écrites » des différentes régions du Sahara et du Tchad. Les peintures rupestres ont aussi été le thème principal d’études d’autres chercheurs comme Théodore MONOD ou Henri BREUIL. Son nom, écrit avec un « h » après le « t » était, soit disant, pour le différencier, disait-on au Lycée, du nom de Théophile GAUTIER, glorifié par André GIDE. Notre Emile Félix est cité dans l’encyclopédie du Grand LAROUSSE de février 1962. Il a eu ses heures de célébrité et de gloire. Est-ce là un vieux souvenir flou de jeunesse cette erreur d’orthographe ? Est-ce une vérité ou un gag ? E.F. GAUTIER ne prendrait pas de « h » après le « t ». (Charles André JULIEN : Histoire de l’Afrique du Nord). Le LAROUSSE le confirme.

Ces derniers jours, je rangeais certains de mes dossiers. J’ai retrouvé un brouillon manuscrit oublié, que je destinais, à l’époque de sa première écriture, à Monsieur Albert BENSOUSSAN après avoir lu son émouvant document sur notre lycée commun. Monsieur Paul GARE qui lui avait répondu en complément d’informations, était également destinataire de cet écrit pour lui faire part de certaines anecdotes et de vieux souvenirs très personnels.

Le Lycée Emile Félix GAUTIER d’Alger

1er Rang : G. à D. : HOLZAUER, BENSAÏD, Albert BENSOUSSAN, GOURGES, Mr. BACCARDATZ, MARTZ, VILLE-ALLAMAN, SUAU, Jean CROMBE

2ème : G. à D. : CHALARD, Barthélémy MELIA, DJILALI, André MACHUEL, SALOMON, André LOPEZ, ORLANDUCCI, ANGLADE, GARCIA, BEAU

3ème : G. à D. :AMSELECK, MOMBARD, ROUFFIAC, PRATZ, RAYNAUD, GUIRAUD, Gérard BIENABE, LANGLOIS, INTARTAGLIA, Alain CORBERAN

Je voudrais m’adresser à Monsieur Albert BENSOUSSAN, avec lequel j’étais en classe de Seconde « B2 », Année 1951, au lycée GAUTIER. S’en souviendra-t-il ? Ci-dessus, une photo de classe où nous sommes vingt huit élèves entourant le Professeur Monsieur P. BACCARDATZ. Vingt huit élèves, mais vous n’y pensez pas ? Oui et la classe était studieuse, rieuse et chahuteuse parfois, mais les résultats furent brillants pour la plus grande majorité d’entre nous. Nous le devons, et c’est vrai, à ces professeurs consciencieux qui ont su avec patience et courage, nous transmettre leur savoir mais surtout leurs passions. Nos élèves, aujourd’hui, en ont-ils encore beaucoup, des passions ?

Revenons aux vieux souvenirs de « GAUTIER », avant qu’ils ne s’effacent.

Monsieur PLANE était bien le Proviseur. Le Grand Patron. Puissant. Justicier. Dans les classes inférieures, 4ème, 3ème ? Je m’étais inscrit au C.R.A.D. Le centre Régional d’Art Dramatique que dirigeait Madame Geneviève BAÏLAC, vous savez, « la Famille Hernandez… ». J’aimais, en classe, déclamer, Virgile, Musset, Hugo... Alors pourquoi pas « sur les planches » ? Je fus un jour, convoqué dans ce vaste bureau tout aussi impressionnant, du premier étage au dessus de la grande entrée. Mon père était présent. Le Théâtre, dit Monsieur PLANE, ne vous rapportera rien. Vous devrez choisir, mon « bon ami », entre la Comédie et les Etudes. Le choix fut vite fait. Choix imposé ! Mais je m’inscrivis au cours du jeudi après-midi au CRAD.

Plus tard, ou quelques temps après, je rencontrais Georges HOURTOULE. Il était en 2ème A1. Je l’ai revu incidemment à Paris ces dernières années. Il occupait une place de haut dirigeant d’entreprise. Son siège social était Place Vendôme. Il avait créé, en 1950, la « Troupe des Aiglons », pratiquement dissidente du C.R.A.D. bien trop personnalisé par sa dirigeante. Nous étudiâmes : « Un Stradivarius » de A. Musset, « Georges Dandin », « Monsieur de Pourceaugnac » de J.B.Molière. Ces pièces et d’autres, étudiées, dans les locaux du Collège « Charles de FOUCAULD », furent données à Alger. Elles furent aussi données dans les sanatoria en France. Juillet 1951. C’était une bonne action sociale auprès des malades de France. Que sont devenus les acteurs ? Le longiligne et intelligent DJILALI ? Les belles actrices aux yeux vifs et brillants ? Où êtes-vous, amis, amies de scène ?

Nous avions parcouru, telle une troupe ambulante, le Briançonnais, le Plateau de Hauteville, le Plateau d’ Assy où nous logions dans une grange datée de 1783. Tous ensembles, nous dormions dans la paille épaisse, gentiment répandue sur le bois du plancher de la grange, par un paysan compréhensif et généreux. Nous partagions une miche de pain croustillant et un camembert en dix parts. Le soir, après le spectacle, nous sirotions quelques gorgées de vin dans les bouteilles laissées sur les tables par les pensionnaires malades. Le tube paille d’aspiration, évitait le contact avec les objets des malades. Inconsciente jeunesse !

Les succès furent plus ou moins bons, moyens dirons-nous. Le SIDI MABROUK nous a cependant ramené sains et saufs, à notre bon port. Nos décors et nos habits de scène restèrent en Gare de Briançon, faute d’argent pour les rapatrier… Les recettes ne furent pas suffisantes pour rapatrier en Algérie trois cents kilos de matériel. Les femmes et les jeunes gens d’abord… ! Me revoyant, ma chère Mère, affolée me mit tout habillé dans l’eau chaude de la baignoire. Il paraît que j’étais sale ! Le sac à dos et son contenu me suivirent dans l’eau du bain… Un compagnon fidèle et jusqu’au bout! Quelques livres et les cahiers de scène furent cependant sauvés des eaux… Pensez… Un voyage de trente six heures en mer… Nous avions essuyé une tempête !

Lorsque je suis « rentré » en France, à Lyon, j’ai monté une troupe : « Le Théâtre neuf », le nombre de sociétaires et de créateurs. Nous avons étudié quelques pièces importantes et joué Salle Molière une pièce d’Emmanuel ROBLES. C’était encourageant. Pour combien de temps encore ?

Mais il a fallu se rendre à la raison. Il fallait évoluer dans le sens où tout le monde se tourne. Rares sont ceux dont la passion les conduit au déraisonnable. Ceux-là sont pourtant dans le vrai.

Puis l’esprit de la Famille a repris le dessus. Sans doute une inconsciente reprise de cette parole prêtée à notre Proviseur. Ma passion fut étouffée par les nécessités de la vie besogneuse pour nourrir femme et enfants.

Monsieur PLANE, auriez-vous appris que j’avais trahi votre confiance en ne respectant pas ma parole donnée ? Je n’en avais qu’une ! Je voulais sans doute la préserver… Veuillez me pardonner. Mais que l’expérience fut belle, enrichissante ! Les grandes choses se font dans la souffrance !

Le Proviseur avait à l’époque, cela fait plus d’un demi-siècle…Monsieur RICHARD comme censeur disciplinaire. « Richard… ? Cœur de Lion », cela était facile comme surnom. A-t-il précédé ou suivi Monsieur SALLINI. Le « corse », de son côté, fit régner la terreur des « toilettes et des W.C. » où ne devions pas fumer… Les Bastos à bouts filtrés. Il n’y avait pourtant pas de filles à impressionner. Elles étaient à Fénelon ou à Delacroix. Fénelon était mon choix. Je ne me souviens pas que SALLINI ait eu d’autre surnom en cadeau de la part des élèves du Lycée que celui de « Sale..Ici ». Est-ce vrai ?

Monsieur CHIAPORE, un sacré bonhomme ! Il fallait le connaître et l’avoir fréquenté. Il avait perdu une jambe, la gauche, me souvient-il. Un accident. Lequel ? Il restait extrêmement discret sur ce sujet personnel. Sa jambe de bois, raide, était célèbre, surtout dans le Bled qu’il parcourait à chaque vacance scolaire pour chercher et découvrir les « pierres écrites ». Lui aussi ! Il était hébergé sur les bases françaises du Tchad ou chez l’habitant aux fins fonds du Sahara. Il n’hésitait pas à retirer sa prothèse, pour voyager plus à l’aise dans les Jeep ou 6X6 de l’Armée ou des S.A.S. qui le convoyaient sur les lieux de ses recherches. Le Désert avait-il quelques secrets encore pour lui ? J’en doute fort. Il a laissé auprès des gens, les autochtones, un souvenir de franche camaraderie. Il a provoqué certainement des passions en emmenant certains de ses élèves pour relever et copier les gravures sur les roches rouges du Tassili.

En seconde B2, littéraire, Monsieur BACCARDATZ avait plusieurs surnoms : « Poker d’as », ou « Poils au gatz ». Professeur de Français, Latin, enseignait-il le Grec ? Il n’épargnait pas sa peine en nous répétant le plus souvent : « Mes enfants, n’oubliez pas et soyez conscients que vous êtes ici pour faire vos humanités… ». Machuel n’aimait pas ses cours et le lui faisait savoir. Il est devenu médecin plus tard. J.F. G… (absent sur la photo de classe) calmement, comme toujours le lui faisait remarquer à haute et intelligible voix. Marié, il eut six enfants en deux coups. Deux puis quatre. Il a perdu sa vie Rue d’Isly. Elle lui fut enlevée par une goupille de grenade offensive lancée par un C.R.S. qui l’atteint à la gorge. Jean M… a laissé sa vie lors d’une manifestation. Vos mémoires me hantent encore, camarades de lycée.

« Baccardatz » était facile à croquer. Je m’y suis exercé souvent. Croquer au mieux est l’art de simplifier au plus. Il me semble avoir réussi son meilleur profil. C’est encore un peu de lui ! Alors qu’en pensez-vous ?

Baccardatz

Monsieur LAYE, ce vieux malin, ce vieux filou, nous entraînait à la gymnastique, mais il invitait fortement nos parents à nous inscrire dans ses cours privés, en ville, pour corriger une déviation lombaire future, une scoliose naissante et que sais-je encore. Je devais avoir beaucoup de défauts physiques pour avoir passé de longues heures, dans sa salle de gym.

Ne vous souvenez vous pas que « Zoulou » = « MV2 ». D’où ça sort ? La Masse par la Vitesse au carré !

Monsieur MAS, oui, je m’en souviens très bien. Il m’a transmis le plaisir de faire des « maths ». Je me suis souvenu de ses conseils en classe de Mathématiques appliquées. Il nous invitait à la paresse : « pour réussir en mathématiques, il faut être paresseux dans la recherche de solution. Soyez simples ». Il enseignait debout, à côté de l’élève qui peinait au tableau. Jamais humiliant. Toujours prêt à souffler la solution. Ses crises de nerfs étaient très douces. Il se contentait de nous dire : « Mais partez du petit ‘poingue’ M et trouvez-moi vite le reste ».

Et BAVEUX, pourquoi l’oublie-t-on ? Quel était son nom ? Je l’ai oublié ce digne professeur de quoi, déjà ? De chimie physique. Est-ce lui que je décevais souvent en ne trouvant jamais la bonne couleur des mélanges indiqués dans ses éprouvettes de verre, lors des T.P. dans l’aile sud à l’étage ?

COSTA, oui, un excellent professeur, il a fait connaître à plusieurs les modernes et les anciens penseurs. Rien à rajouter. Je ne me souviens pas l’avoir eu comme « Prof ». P.4.Janvier 2.009.

PRENANT, n’est-ce pas lui qui s’est présenté un matin. Il arrivait tout frais de France. Ce matin là, n’a-t-il pas clamé haut et fort : « J’ai vingt deux ans. Je suis agrégé d’Histoire et de Géographie ! »… A bon entendeur… ! Respect, Messieurs !

Pourquoi oublier Louis JOXE, le père de Pierre JOXE, bien sûr ! Il fut un brillant professeur. Etonnant de savoir. Lui, enseignât la différence qu’il pouvait y avoir entre la littérature et la science. L’Histoire et la Géographie devenait avec lui un roman d’aventures… A revivre sous Louis le XVIème.

Un autre professeur qui fut admirable, MANCERON, mais sa mémoire s’efface avec le temps. Sans doute ne fut-il pour moi, qu’un professeur traversant la cour de récréation.

En flânant, Rue des Saints Pères à Paris, en vitrine d’une librairie d’ouvrages anciens, j’ai découvert les deux volumes de la thèse d’agrégation de Monsieur AGERON. Je suis entré. J’ai demandé à feuilleter les ouvrages. Un frisson me parcourût soudain à la mémoire d’un homme brillantissime. J’ai demandé le prix des deux volumes. J’ai reculé. Je l’ai regretté après. Peu de temps plus tard, j’ai trouvé un extrait de l’œuvre dans une bibliothèque, ce qui m’a permis de lire, en partie, cette thèse sur l’Histoire des populations indigènes d’Afrique du Nord. Lecture à conseiller.

Je me souviens que ce jeune français, venant de France, sans connaissances particulières, semble-t-il, de nos problèmes en Alger, n’était pas un fervent partisan d’une Algérie Française. Je me souviens qu’un jour, arrivant en classe avec un large béret sur la tête, il fit le début de son cours, ainsi coiffé. Des murmures puis des voix insistèrent pour qu’il ôte ce calot noir. Certains des élèves de la classe semblaient être informés, pas moi. Le lendemain ou bien un jour plus tard… Il fit son cours, face au tableau, dos aux élèves. Sa tête blonde portait un large turban de gaze pour cacher les blessures de son crâne. Devant la Bronca des présents, « Chapeau… Chapeau… ». On n’est jamais content… Il se tourna et nous dit : « Cette blessure est le prix de mon honneur et de ma fierté d’être Français ! ». Merci pour nous’otes. Imaginez la suite ! Nous apprîmes qu’une manifestation de « gauchistes » avait été quelque peu malmenée devant la Préfecture. Quelques coups de bâtons avaient été distribués gracieusement sur les jeunes têtes des contestataires opposés à la terre Française en Afrique du Nord… Déjà !

Monsieur AGERON est décédé à son domicile parisien en 2007. Il avait 77 ans.

On a oublié, le plus grand, le plus dur en matière de notation, le plus sensible aux belles œuvres littéraires : Monsieur ROMIEU. Nous lui devons respect et reconnaissance. Il boitait de la jambe droite. L’arthrose ? Ce Professeur de Latin Français fut en première « C » un Maître à penser. Sévère, mais poète à son temps. Précis et contre les brouillons qui lui étaient présentés. Ils étaient retournés systématiquement sans annotations d’évaluation. Il faut se souvenir pour ceux qui ont eu la chance de l’avoir en Latin et en Français de ses entrées théâtrales… Il entrait en classe à la vitesse du vent. « Veuillez fermer la porte derrière moi… »… « merci… »…Il portait, au bout de son bras pendant, sa sacoche. On ne pouvait pas dire « serviette » ou même « cartable » ou encore « porte documents ». Sacoche, était appropriée, tant elle était usée sur toutes ses faces, tant elle était grosse et lourde de copies à corriger, de livres, de documents de toutes sortes, de cahiers à rendre, toujours annotés d’une écriture fine à l’encre rouge. Il arrivait sur l’estrade. Allait-il tomber ? Non, jamais ! Il reculait sa chaise pour se faire plus de place. Il frappait ensuite, avec force, du plat du pied le bois du plateau, assez fortement pour réveiller le plus endormi d’entre nous, il déclamait alors :

« Bon appétit… Messieurs… ! »

Bien compris, nous savions quel acte de Hernani était à l’étude au cours du jour. Une autre fois et cela lui plaisait assez de citer :

« Rien ne nous rend si grand, qu’une… grande douleur ! »

Nous en avons eu des douleurs… Il ne se trompait pas, car pour arriver où nous sommes là, que d’efforts nous a-t-il fallu ! Nos jeunes ne savent pas encore ce que ce fut.

Je possède encore tous ses cours recopiés sur des feuilles de cahiers. Ils ont servis à mes enfants dans leurs recherches d’explication de textes. Un Trésor !

Vous m’avez rappelé les frasques de Monsieur BELLANGER, il faut se souvenir que les arrangements du mobilier de sa classe étaient surprenants. La salle au nord, rez de chaussée, au bas des escaliers a connu moult dispositions.

Un jour, nous eûmes la surprise de trouver nos bancs écritoires rangés sur deux rangs, face à face, libérant ainsi, une large allée au centre de la salle. Les deuxièmes rangs étaient surélevés. Une occasion rêvée pour les petits de se plaindre de ne pas pouvoir accéder à leur place trop hautement placée. BELLANGER fulminait. Agité et nerveux, il traversait de long en large l’allée centrale, objet de ses secrets désirs de surveiller ainsi, tous les « inattentifs ». Quant à nous, nous dûmes faire des efforts très marqués pour atteindre nos bancs surélevés. En avions-nous réellement besoin ? Encore un prétexte au chahut. Mais cela ne nous empêchait pas de travailler. C’était une sorte de détente. Un moment de récréation en complément de la précédente, d’où nous rentrions.

Aha ! Madame GIACOMINI ! Sciences naturelles en classe de 3ème ! Aha ! Elle n’a jamais su écrire au tableau ce qu’elle appelait : « les petites roches microphiliennes ». Pourquoi n’avons jamais su ce que cela voulait dire ? Sa classe était à l’opposé de la grande entrée, au centre de la façade.

Les cours en salle « d’amphi… » étaient mémorables. Les balles de ping-pong cascadaient depuis les marches du haut et sur les trois rangées à la fois. Le dos tourné, Monsieur … ? annonçait : « ramassez-moi ces faiseurs de bruit ». Les premiers rangs se précipitaient et…bizarrement… laissaient retomber les balles prises au dernier rebond. Elles roulaient sur l’estrade devant cet immense tableau noir à trois volets, et venaient chuter en rebonds successifs et se ralentissant, peu à peu, sur le sol carrelé. Il s’en suivait des murmures et des rires pour un bon quart d’heure ! Les cinquante minutes de cours étaient bien vite entamées.

Qui nous faisait la culture physique sur les sols bituminés des terrasses, côté rue Hoche ? Nous avions fini par décider, avec l’accord des « Profs », d’affronter en compétition de Hand Ball, les autres classes. Notre classe avait des atouts très sérieux : Magnani, Morales, Machuel… Des frappeurs efficaces. Physiques. Des marqueurs de haut niveau.

Parfois, aux récréations, puisqu’il était interdit de jouer dans la cour aux jeux violents, il y avait des tout petits de sixième, nous sortions du Lycée avec autorisation, pour jouer à trois ou quatre, au ‘sfollet’. Du papier assez long, plié, roulé, ciselé, ébouriffé à un bout, mâché à l’autre pour tenir dans les trous traversés de deux ou trois pièces trouées de vingt centimes. Le poids a son importance. La touffe de papier découpé aussi pour une meilleure direction. L’ancêtre du « volant ». L’objet du jeu : se faire des passe et marquer des buts au goal. Qui gagne ? Celui qui perd ! Qui ? Le goal ! L’un des joueurs se plaçait devant une porte métallique de garage. Gardien des buts à encaisser. Le bruit renvoyé par la tôle était une preuve de la réussite d’un tir. Les trois autres se plaçaient, l’un au centre, une aile gauche, une aile droite. Toute l’agilité du jeu aux pieds. Les passes, pied droit, pied gauche, les tirs, les buts résonnants...

Voilà... Ces anecdotes éparses, ont marqué ma jeunesse. Mémoire revenue parce qu’un d’entre nous a réveillé nos souvenirs...

J’ai eu des nouvelles de J.P. CURTEZ, qui fut un chirurgien renommé en Pays de Loire. Il est décédé, il y a deux ans. Trois peut-être, au plus.

J’ai perdu de vue mes amis de Lycée. Nous avons été éparpillés en 1962.

J’ai retrouvé d’autres amis d’enfance. Certains me donnent encore quelques informations sur l’un ou sur l’autre mais sans grandes précisions… On a eu… Des nouvelles d’untel… Ah !... Oui tu l’as peut-être connu… Mais oui, peut-être… sans doute… Tu étais bien à Gautier… ? En… 1949… Oui, mais cela fait bien soixante ans… Quand as-tu fini à Gautier ?... J’ai quitté en 1953 !... Alors tu ne l’as pas connu !

Si je n’ai pas à regretter mon parcours en France où ma profession me permit de visiter une partie du Monde, pendant près de quarante années, je n’ai pas de désir avoué pour retourner là-bas, retrouver mon quartier, mes endroits de gaieté, mes lieux d’amourettes. Mes vraies images sont là, nettes, belles, bleues, blanches, très peu de noir, mais du vert, un peu de rouge et de jaune, la palette me suffit. Je dessine, je les peints, cela me suffit.

J’ai quitté l’Algérie assez tôt pour ne pas connaître une fin douloureuse. J’ai fini mes études à Angers, dans le Maine et Loire. Pourquoi dit-on en Anjou, la Maine ? La rivière, Monsieur, qui coule de la Haute vers la Basse Chaîne… ! Les Ponts… Un symbole !

J’ai été appelé, en février 1955, dans une compagnie d’engins lourds du Génie de travail, au Bataillon des Aurès et Nemenchtas. Ce Bataillon dépendait de la région de BATNA que commandait le Général trois étoiles VANUXHEM . Si certains l’ont connu, ils doivent se souvenir encore de ce militaire hors des normes humaines. Commandement d’exception. Dix huit mois de montagne, d’Oasis et de pistes ! Paysages magnifiques ! Maintenu huit mois de plus que mes collègues de France. Eux, furent libérés à la Noël. Je suis resté maintenu huit mois à KHENCHELA, parce que j’étais de naissance algéroise. Un autre symbole !

Je suis rentré en France, dès ma libération et depuis tout juste plus de cinquante ans je vis à Lyon, dans le Rhône où le bien manger et le bien vivre, restent une tradition qui perdure en qualité et en célébrité.

Auriez-vous eu une vie à l’identique… Si nous étions restés … Là bas ?

Dieu que la mémoire est belle à raviver !

Merci Albert... Merci Pierre... Pardon, Paul...! Merci à tous ceux qui furent nos enseignants courageux.

Merci... merci encore !

Gérard Bienabe

Guerre, tu nous perds !

Clichés de ma vie,
Clichés de folie...
Juillet 62, Algérie assoupie,
Larmes sur un père qui lui a offert sa vie;
Comme tant d'autres.
Pour que d'autres
En tirent profit.
Gueules de loup dans le jardin
Mais chagrin dans ce jardin
Enfance tu m'as quittée,
Enfance qui a tout réalisé.

...Souvenir de tendresse
Souvenir de caresse
Dans mon cœur étourdi...

Demain le départ
Sans aucune fanfare,
Une femme toute en noir
Synonyme de désespoir.
Maman , serre moi la main
Maman , c'est le destin.
Maman, tes enfants sont ta force,
Mais je ne peux te consoler
Car ma vie qui s'amorce,
Maman, est déjà bouleversée

Monique Wolff

 


Journal scolaire mensuel de l'école Rovigo

Voila bien longtemps que Salah a contracté la maladie du collectionneur. Au long des années, elle n'a cessé d'évoluer vers un état chronique qui le pousse à rechercher tout ce qui touche à la période Française en Algérie : Documents, bibelots, cartes, livres et bien d'autres objets encore parmi les plus surprenants, ou les plus inattendus.

Avec le temps, il a acquis un sixième sens dans ce domaine, et là où vous ne verriez que vieux papiers sans intérêt ou ustensiles dérisoires, il extrait miraculeusement du lot une carte d'Alger, une statuette de Notre Dame d'Afrique, ou encore un récit émouvant qui parle de notre pays natal.

Ainsi, il a bien voulu nous confier sa découverte dont on a d'ailleurs du mal à comprendre comment elle a pu arriver jusque dans la région de Lyon.

Il s'agit de plusieurs petits cahiers datant de l'année 55 et réalisés par les écoliers de l'école Rovigo. On lit sur la dernière page :

Journal scolaire mensuel
École de garçons - 2ème classe
Rovigo - Algérie

Le gérant : H. Fedelich

Prix : 20 Francs

Ces petits récits relatent en toute simplicité des évènements de la vie quotidienne. S'ils nous émeuvent, c'est parce qu'ils ressemblent à ce que fut notre enfance, mais c'est aussi par le témoignage qu'ils portent en eux. Témoignage innocent, indiscutable d'une Algérie qui connut aussi la paix et où vivaient côte à côte deux communautés dans la fraternité.

Cliquer ici pour en voir quelques pages

Luc Demarchi.