
Plus de six cents congressistes se sont retrouvés à Grenoble Alpexpo, les 26 et 27 octobre 2002 afin de participer au Congrès National du cercle Algérianiste. Cette manifestation, parfaitement préparée et organisée par l'équipe du Cercle de Grenoble, fut une complète réussite placée sous le double signe de la mémoire et de l'émotion. Une émotion palpable, omniprésente, lorsque le message adressé par M. Hélie de Saint Marc fut diffusé :
"Merci de m'avoir convié au Congrès National du Cercle Algérianiste. Hélas ! je ne pourrai m'y rendre pour des raisons de santé que vous connaissez. Mais toutes mes pensées se joindront aux vôtres. Vous connaissez mon attachement au Cercle Algérianiste. Plus que jamais, je crois à l'impérieuse nécessité de la mission qu'il s'est fixée. Nous sommes et devons rester d'inébranlables témoins. Les témoins sont le sel d'un pays. De près, ils brûlent la peau, car personne n'a envie de les entendre. Mais ils persistent, accrochés à leur mémoire. ils possèdent la résistance des grains de sable. C'est l'immense responsabilité qui nous incombe: éviter que nos enfants aient un jour les dents gâtées par les raisins verts de l'oubli... Écrire et raconter inlassablement pour expliquer... Ouvrir les portes à ceux qui refusent l'oubli et cherchent les traces du passé. Car le passé reste essentiel, non par nostalgie ou polémique, mais parce qu'il éclaire le présent, qui tient en lui-même l'essentiel de l'avenir. Dans la suite des temps et la succession des hommes, il n'y a pas de destin isolé. Tout se tient. Il faut croire en la force du passé, au poids des morts, au sang et à la mémoire des hommes. En traçant ces quelques lignes, je pense à vous tous, nés en Algérie. je pense à votre pays natal, dont vous avez été chassés. Je pense à ce ciel intarissable de force et de beauté, à ces nuits d' Afrique habitées d'une miraculeuse clarté, à cette terre brûlante et lumineuse, ardente, et généreuse, mais déchirée par les passions des hommes, à cette terre où vous êtes nés, que vous avez fécondée, que vous avez aimée et que vous avez perdue. Et je voudrais rendre hommage à votre courage. Malgré les secousses et les tempêtes. Malgré les épreuves et les drames, malgré les maisons, les tombes et les horizons perdus, malgré les promesses trahies et les espérances fracassées, vous avez toujours su pratiquer ce courage que vous avez considéré, au-delà des souffrances et des larmes, comme le compagnon de l'espérance. Qu'Honneur vous soit rendu ! Je vous embrasse tous."
Hélie de Saint Marc
Ecouter l'allocution du commandant Hélie de Saint Marc, prononcée lors du congrés du Cercle Algérianiste de Grenoble en octobre 2002 :
Allocution prononcée par le Cdt. Hélie de Saint Marc en réponse au Général d'Armée Michel Guignon, lors de la remise des insignes de Grand Officier dans l'ordre de la Légion d'Honneur au Fort de Nogent le 29 mars 2003.

Mes amis,
Je salue tous les anciens qui sont ici. Les absents aussi qui nous ont envoyé un mot d'amitié... Ceux qui nous ont quittés mais dont nous devinons la présence impalpable et mystérieuse : le Colonel JEANPIERRE, le Commandant RAFFALLI, le Général CAILLAUX, le Comandant MORIN, CABIRO, HAMACEK et tant d'autres...
Merci de tout cœur à tous ceux qui ont permis et organisé cette cérémonie et cette rencontre...
Je suis heureux et fier d'avoir été décoré dans une enceinte de la Légion Étrangère, cette Légion Étrangère où j'ai connu les heures les plus passionnées, passionnantes, fulgurantes et exaltantes de mon existence.
Je suis heureux et fier d'avoir été décoré en même temps que le sergent DELACOMBAZ, l'un de ces sous-officiers que nous avons appris à apprécier, à respecter, à admirer et qui forment l'armature d'acier de nos unités.
J'ai été heureux et fier d'avoir été décoré en même temps que le Caporal Andreï VETROV jeune héros, blessé grièvement il y a quelques semaines en Côte d'ivoire. Le Caporal VETROV personnalise cette Légion d'aujourd'hui, digne de l'ancienne, et qui vient de s'illustrer avec éclat récemment en Afrique.
Honneur au 2°REP, honneur à son Colonel, honneur à son drapeau qui ont bien voulu nous rejoindre ce soir.
Je suis heureux et fier d'avoir été décoré par le Général GUIGNON, haute et noble figure de notre armée, que j'ai connu jeune Lieutenant au 1°REP et qui m'a accueilli fraternellement alors qu'il commandait le 2° REP à Calvi et que je sortais de prison.
Je suis donc heureux et fier, mais aussi quelque part confus et gêné... Pourquoi ?
Parce que, en recevant cette décoration, j'ai pensé aux camarades de tous mes combats qui n'ont pas toujours été honorés et récompensés comme ils le méritaient.
Alors c'est à eux que je voudrais dédier, offrir, donner cette décoration que j'ai reçue ce soir. Je pense à mes camarades de la Résistance et de la Déportation, à mes frères d'armes de l'Indochine et de l'Algérie, à mes compagnons des heures cruelles d'Avril 61, à mes compagnons de détention.
Je pense à tous ceux qui sont tombés au combat, à l'Adjudant BONNIN, au Sergent Chef KLIMOVITCH, au Légionnaire EGGERL, frappé en plein cœur, à quelques centimètres de moi…
Oui, c'est à tous ces camarades, à tous ces frères d'armes, à tous ces compagnons que je pense ce soir.
Compagnons, j'ai voulu parler de ces choses,
Et dire en quatre mots pourquoi je vous aimais :
Lorsque l'oubli se creuse au long des tombes closes,
Je veillerai du moins et n'oublierai jamais.
Si parfois dans la jungle où le tigre vous frôle
Et que n'ébranle plus le recul du canon
Il vous semble qu'un doigt se pose à votre épaule,
Si vous croyez entendre appeler votre nom,
Soldats qui reposez sous la terre lointaine,
Et dont le sang versé me laisse des remords,
Dites-vous simplement : " C'est notre capitaine
Qui se souvient de nous... et qui compte ses Morts ".
Vous avez reconnu la fin du poème du Capitaine de BORELLI tué au combat.
Parfois certains de mes vieux amis me reprochent de trop évoquer le passé. Si je parle du passé, ce n'est pas par nostalgie ou passéisme mais par respect pour le présent et l'avenir.
Car le passé éclaire le présent qui tient en lui-même l'essentiel de l'avenir. Dans la suite des temps et la succession des hommes, il n'y a pas d'acte isolé, de destin isolé. Tout se tient. Il faut croire à la force du passé, au poids des morts, au sang et à la mémoire des hommes; que serait un homme sans mémoire, il marcherait dans la nuit; que serait un peuple sans mémoire, il n'aurait pas d'avenir, et les hommes de l'avenir, ceux qui forgeront l'avenir seront ceux qui auront la plus vaste mémoire.
En terminant, je voudrais livrer à votre réflexion une citation d'un auteur contemporain. Je vous la livre en hommage à la Légion d'aujourd'hui, à la Légion de demain, en hommage à notre pays, à son destin futur, sans doute difficile, en ce début de siècle plein de tumultes de fureur, et d'inquiétudes.
Voici donc cette citation : " Ami, pour hier, il est trop tard. Il est toujours trop tard. Mais pour demain il n'est pas trop tard, il n'est jamais trop tard. Demain reste à faire et ton salut se trouve au bout de la journée de demain. Cela s'appelle l'Espérance... "
J'en ai terminé
Je vous remercie tous.
Avec votre permission, mon Général, nous allons chanter les chants des 1° et 2° REP.
