SELECTION DE LIVRES

Le pont de Bereq’Mouch ou le bond de mille ans

de Augustin Ibazizen

Sur la couverture du "Pont de Bereq’Mouch", on peut lire les lignes suivantes qui présentent cet ouvrage :

" Le pont de Bereq’Mouch, c’est en Kabylie, au fond d’un ravin vertigineux, le petit ouvrage de pierre qu’il faut franchir pour atteindre le premier village français : Fort-National. Le bond de mille ans, c’est le cheminement obstiné, passionné d’un Berbère vers l’Occident, vers la France. Petit-fils d’un guerrier qui combattit notre pays, fils d’un des six premiers instituteurs de Grande Kabylie, Ibazizen est un des fruits exemplaires de la rencontre de sa race et de la culture française. Cette autobiographie est le livre d’une double fidélité. Au delà d’un itinéraire politique et spirituel qui traverse un demi-siècle de notre histoire, c’est l’admirable résurrection d’une époque, d’un monde foncièrement original. Voici, pour la première fois, à travers la vie d’un Kabyle français, un éclairage décisif sur la complexité psychologique et sociale que provoquent la compénétration des peuples et des civilisations...".

Pour aller plus loin, voici la table des Matières du livre, la mise en musique de " ces témoignages relatifs à mon temps et au monde ou j'ai vécu ", comme le dit l'auteur dans son avant-propos écrit durant l'été 1977, et " pour laisser aux miens un mélange de souvenirs, de choses vues".

Avant-propos
Livre I : L'IMPREGNATION
1 - Le voleur de pelotes de laine
2 - L'équation de l'honneur et de la mort
3 - El-Hocine, Hadji, Paysan-guerrier et voyant
4 - Mon père ou l'instituteur engagé

Livre II : LE BAIN DE MON ENFANCE
1 - Le temps de la chrysalide
2 - Fort-National, première porte de la France
3 - Le pont de Bereq'mouch ou le premier bond
4 - Un étonnant 14 juillet 5 - Ifrane ou les mamelles de la Romaine
6 - Toujda ou les délices de la nature
7 - Les piécettes annonciatrices
8 - Sous les figuiers de Kabylie ou l'offrande
9 - Le coût de l'élan vers l'Occident

Livre III : SOUS LA PLUIE DES AVANIES
1 - Sois un homme
2 - Les revanches secrètes
3 - Une propagande insidieuse au régiment
4 - La leçon des avanies dominées

Livre IV : DANS LA FRANCEITE
1 - Premier sourire de France
2 - Sous le casque de guerre
3 - L'étreinte de Paris
4 - Mes pôles d'attraction : les oeuvres et les hommes

Livre V : L'ITINERAIRE SOCIO-PROFESSIONNEL
1 - Naissance d'une vocation
2 - De Paris à Tizi-Ouzou ou la redécouverte de mon pays
3 - Thémis chez les montagnards
4 - La statue du mensonge déboulonnée
5 - Au centre était la femme
6 - Pourquoi tous ces meurtres
7 - La "vendetta" Kabyle
8 - Cette plaie sociale : l'assassin à gages
9 - De quelques affaires hors série
10 - Condamnation à mort, angoisse de l'avocat
11 - Sekat ou la surprenante euthanasie
12 - Notre dialogue avec les juges
13 - No...Bakchich...!
14 - Les drôleries de Thémis en Algérie
15 - Nos amis les clients et leur goût du verbe
16 - Tous reconnaissants
17 - Hommage à la robe quittée
18 - A la recherche des jointures algériennes
19 - Du palais de Versailles au faré de Tahiti
20 - Face aux étranges visages de l'Afrique
21 - J'accède à la "princerie" Propos en guise de conclusion

Extrait de l'avant-propos : (Voici que j'arrive au bout de mon périple terrestre...).

"Certes, les changements intervenus dans l'histoire de mon pays natal sont une réalité, mais rien ne peut faire que ce que j'ai vécu en Kabylie, en Algérie et en France ne soit une autre réalité dans tous ses éléments: ombres et lumières. Aucune force au monde ne peut la gommer. Je me retourne donc vers cette époque, elle date d'hier, sans éprouver la moindre crainte d'être changé en statue de sel, comme disait Albert Memmi. Ce temps neutre fut celui de mon combat, de mon espérance tenace, de mon choix d'avenir et de mon engagement pour la France et sa culture. Rude certes fut le chemin, face aux injustices et au mépris...". " En passant d'une rive à l'autre, par delà le pont de Bereq'Mouch, je me suis transformé sans me "défaire", j'ai réussi à unir deux univers en moi, et comble de chance, j'ai fait coïncider la voie de la raison avec mon chemin d'amour "

Eté 1977.

Le pont de Bereq’Mouch ou le bond de mille ans

" 1953, mon option française étant inébranlable, c'est avec ce rêve (de communauté franco-algérienne) que je fis mon entrée à l'assemblée de l'Union Française. Au moment ou je pénétrais pour la première fois dans la salle du congrès de Versailles... je pris conscience du bond prodigieux que j'avais effectué, à travers le temps et l'espace, depuis les réunions de djemaa, qui se déroulaient en plein air, les gens étant assis à terre, jusqu'au palais de Louis XIV, où nous siégions sous les plafonds rutilants de lumières. Fortement pénétré de la mission qui m'était confiée, j'avais de plus, trop de respect pour les fantômes à qui le château devait tant de beauté et de prestige, pour ne pas répondre, avec empressement, aux exigences de mon mandat. 1959, je fus accueilli au Conseil d'État avec une sympathie mêlée d'une curiosité de bon aloi... Mânes de Montesquieu, comment peut-on être à la fois Kabyle et conseiller d'État à Paris ? "

Paru aux Editions de la Table Ronde, en 1979, à Paris.