Retour vers sélection de livres
Après ses voyages à Tanger, Alexandrie, Istanbul, Daniel Rondeau nous conduit à Alger sur les pas de Camus. Si la lumière méditerranéenne a marqué l'œuvre de l'écrivain, c'est ici la vie de l'homme, son engagement dans ses textes et sa liberté que célèbre l'éditorialiste de l'Express.
45 ans après sa mort, Camus se révèle d'une grande modernité par son souci de ne jamais jouer les maîtres à penser, de dire la vérité coûte que coûte, ce qui lui a valu bien des ennuis. L'auteur de l'étranger et de la peste n'avait pas la prétention d'écrire l'histoire et surtout pas une histoire manichéenne : il refuse de juger les Pieds-Noirs à la dérive, les considérant ni mieux, ni moins bien que les algériens qui se battent pour leur indépendance. Il tenait sa ligne : " ni victimes, ni bourreaux " Il a su aussi bien dénoncer les camps soviétiques au grand dam d'un Sartre et ses amis, prôner la réconciliation et l'égalité des droits sur sa terre natale, préférer les sentiments légitimes de révolte aux attraits sanglants de la révolution.
L'étude du " Premier homme " fait faire à Rondeau cette constatation : " La guerre a jeté les français d'Algérie dans un précipice. Ce qui arrive leur paraît proprement incompréhensible. Ceux du premier homme ne se sentent pas responsables d'être là, leurs pères étaient des va-nu-pieds qui ont travaillé dur pour mettre la terre en valeur et maintenant, les algériens et les français de métropole viennent leur expliquer que leur présence est un crime… "
La tragédie algérienne déchire Camus et l'analyse de son dernier roman crie une réalité que ses contemporains ont refusé de voir. Daniel Rondeau a le mérite de mettre en valeur la probité et le courage de l'écrivain.
Pas de doute que, dans les combats d'aujourd'hui, ce Prix Nobel de littérature devient un gêneur avec le témoignage de sa vie et l'éclairage de sa vérité face aux utopies fumeuses et aux assertions mensongères dont on nous abreuve. Cet ouvrage illustré d'excellentes photos accentue l'intérêt pour les personnages et les lieux, héros ou témoins d'une vie fauchée trop tôt.
Recension Marie-Jeanne Groud
Éditions MENGES 175 pages 25 Euros
«Camus ou les promesses de la vie» de Daniel Rondeau a obtenu le Prix Algérianiste «Jean Pomier» 2006.
Ce livre, un peu exceptionnel aujourd’hui, rend justice au peuple Pieds-Noirs tout entier à travers la personne de Camus. Daniel Rondeau souligne avec une grande objectivité les déchirements de Camus le Pieds-Noirs, dans la tragédie algérienne. L’analyse de son dernier roman «Le premier homme» crie une réalité que ses contemporains ont refusé de voir.
Enfin, cette constatation : «La guerre a jeté les français d’Algérie dans un précipice. Ceux du Premier Homme ne se sentent pas responsables d’être là, leurs pères étaient des va-nu-pieds qui ont travaillé dur pour mettre la terre en valeur et maintenant, les algériens et les français de métropole viennent leur expliquer que cette présence est un crime…» Cette analyse honnête, nous a fait distinguer un ouvrage rare qui rend justice à une communauté historiquement malmenée.