de Anne Lise Blanchard

Anne-Lise BLANCHARD est née à Alger en 1956 dans une famille d'instituteurs aux ascendances poitevine, espagnole, allemande et italienne. Elle vit et travaille à Lyon. Elle écrit des poèmes et des nouvelles et collabore aux revues Verso, Lieux d'Être et I.H.V.
Anne-Lise a publié plusieurs recueils poétiques dont :
. Ce chant étroit, H.I.V., 2003
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Traverser le jour blanc, Sac à mots, 2004
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La Beauté qui nous est donnée, Éclats d’encre, 2004
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Le bleu violent de la vie, Orage-Lagune-Express, 2004
http://www.orage-lagune-express.com/lebleuviolent.htm
Avant-propos au recueil Le bleu violent de la vie, édité chez "Orage-Lagune-Express".
Nés au début du XXème siècle, ils appartiennent à une génération sacrifiée. En 1962, ils ont dû, dans le fracas des rafales et des explosions, quitter brutalement leur terre natale et prendre le chemin de l'exil, en quête d'un problématique "point de chute" vers une métropole que beaucoup ne connaissaient pas. Leurs parents étaient aussi nés en Algérie au siècle précédent et ils y avaient fini leurs jours sans avoir rien transmis de la mémoire ancestrale des aventuriers de la faim, venus de Provence, d'Espagne, d'Italie, de Malte...
Petits commerçants, artisans, modestes employés ou fonctionnaires, il leur faut perdre l'illusion longtemps entretenue d'un statut protecteur de citoyens enracinés dans des départements à jamais français, statut légitimé par le sang versé, guerre après guerre, sur les champs de bataille d'Europe et d'Orient. Ils entassent à la hâte vêtements, souvenirs et objets fétiches dans quelques valises, puis s'en vont grossir une foule hagarde, encombrée de ballots hétéroclites sur les quais ou dans les aéroports.
Jusqu'à leurs derniers instants, ils garderont au fond des yeux l'inguérissable blessure de cet arrachement. Ils se sont éteints ou finissent lentement de s'éteindre, murés dans leur silence, leur souffrance et leur dignité.
Sans le moins du monde porter atteinte à la pudeur qui leur est due, Anne-Lise Blanchard leur rend, par les hauteurs d'un langage poétique vibrant et fruité, un hommage discret et bouleversant. Elle est de ceux qui, enfants ou adolescents, ont accompagné, dans leur incompréhensible exil ces êtres brisés par l'inimaginable rupture survenue au crépuscule de leur existence. Merci de tout cœur à Anne-Lise d'avoir su, avec cette force et cette sobriété, leur rendre justice à travers les souvenirs d'une petite fille qui clame silencieusement son amour pour une ombre vêtue de noir et entrouvre pour nous, dans une mémoire embaumée des parfums d'antan, la porte de la chambre interdite des parents.
Jean-Claude Xuereb.
Extrait :
"Père, mère, vous êtes si jeunes encore, de cette jeunesse qu'on n'a pas
entièrement vécue. Jamais ne vous ai entendu pleurer une jeunesse qui fut.
Elle vous a été volée et vous taisez ce vol comme une honte.
Père, mère, je vous en supplie, parlez-moi de ce que vous aviez entrevu
ensemble de votre avenir. Puisque je suis là, simplement là.
De loin en loin se dévoile l'ancienne blessure, tue sur cette terre nouvelle.
Alors c'est comme si un suint affleurait sous des bandages bien serrés.
Cette chose, vous la taisiez pour l'effacer. Mais ce silence comme une tache
vous accusait alors que vous étiez innocents."