Lyon et l'Afrique du Nord

Tipasa - La cuve baptismale est visible au 1er plan
baptistère de Djemila

Simple parallélisme historique, analogies ou liens tissés, il est intéressant de chercher, maintenant que nous vivons à Lyon, les événements qui , au cours des siècles, ont pu rapprocher Lyon de l'Afrique du Nord . Nous en avons trouvé quelques uns, d'autres nous ont certainement échappés.

L' extension de l'Empire romain en Afrique du Nord et dans la vallée du Rhône : simple parallélisme historique.

Analogie entre Lyon et l' Afrique du Nord , lorsque, encore sous la domination romaine la nouvelle religion chrétienne prenant de l'ampleur : églises et baptistères apparaissent à la même époque : c'est ce que j'appellerai des analogies événementielles.

Enfin les liens véritables qui se tissent au XIXe siècle entre l'Afrique du Nord et la France sont plus attachants que de simples analogies : nos auteurs "algérianistes" dans le premier quart du XXe s. l' avaient bien pressenti en comparant la paix française et la "paix romaine" cette dernière qui avait permis l'essor religieux du IVe siècle en Tunisie et en Algérie.

Dans le domaine religieux les rapports, les similitudes, les contacts, entre Lyon et l' Afrique du Nord sont particulièrement remarquables au XIXe s.

Liens encore que l'œuvre des colons qui sont venus nombreux de Lyon vers l'Algérie puis vers la Tunisie.

Parallélisme, analogies, liens, voyons plus en détail les événements qui m' ont fait choisir ces trois mots ; la bibliographie dont je me suis aidée suivra chacune de ces trois parties.

I Parallelisme historique :

Nous ne nous y attarderons pas car ils sont dus au hasard de l'histoire; en effet Lyon est fondée en 48 avant Jésus Christ par Munacius Plancus, lieutenant de César mais l'Afrique du Nord est romaine depuis déjà 1 siècle (après la troisième guerre punique qui marque la chute de Carthage). Cependant un commerce actif existe entre Lyon et l' Afrique du Nord : il est attesté du IIIe s. jusqu' au VIe s. par les importations africaines de vaisselle, de poteries culinaires et d'amphores contenant de l'huile, du garum et peut-être du vin (Exposition Musée Gallo-romain de Lyon 1986 : "Premiers temps chrétiens en Gaule Méridionale").

Parallélisme encore et sans lien entre les événements : Au Moyen-âge la chrétienté triomphe en Occident. Dans les campagnes françaises les paroisses sont créées vers les VIIe et VIIIe s.; c'est à partir de la même époque que l'Islam s'étend sur toute l'Afrique du Nord.

Pendant de longs siècles ce sont deux mondes parallèles et étrangers l'un à l'autre si ce n'est quelques relations commerciales (comptoirs....) et lutte contre la piraterie barbaresque marquée par des essais de débarquements, la difficile installation des espagnols à Oran..etc.... ce n'est pas notre sujet mais si vous souhaitez en savoir plus voyez la bibliographie ci-dessous :

Bibliographie de la 1ère partie : Parallélisme historique

ces 5 livres sont à la bibliothèque du Cercle Algérianiste de Lyon.

II Analogies événementielles :

ce sont des faits identiques, nés dans les mêmes circonstances et qui se sont produits à la même époque, tant pour Lyon que pour des villes d'Afrique du Nord . Le christianisme se développe dans la Gaule romaine et en Afrique du Nord romaine. (Nous ne citerons que quelques exemples parmi d' autres pour souligner ces analogies).

La nouvelle religion a ses martyrs à Lyon de même qu' en Afrique du Nord avant d'être religion officielle. Lyon est évangélisé dès le IIe s. et les martyrs chrétiens de 177 appartiennent à toutes les classes sociales : citons l' évêque Pothin, Pontique garçon de 15 ans et l' esclave Blandine.

A Carthage c'est en 203 que Perpétue, Félicité, et leurs compagnons meurent sous la dent des bêtes.
A Bône : Théogènes et 36 de ses compagnons sont martyrisés sous la persécution de Valérien en 259
A Tipasa une communauté chrétienne existe dès le début du IIIe siècle. C'est là qu' une adolescente, Salsa, est martyrisée par la foule païenne.

Le christianisme est déclaré religion officielle de l' Empire Romain dès 313 par I'empereur Constantin; nous pouvons comparer l'apparition des basiliques chrétiennes et des baptistères tant à Lyon que dans de nombreuses villes d'Afrique du Nord : nous en choisirons deux mais il y en a bien d'autres.

Construction de grandes basiliques :

A Lyon, nous ne connaissons la cathédrale du IVe - Ve siècle que par le texte de Sidoine Apollinaire qui décrit un décor somptueux : "le soleil se reflète sur l'or du plafond, du marbre, rehaussé par I' éclat des couleurs variées, revêt la voûte, le sol, les fenêtres..." "à ce sanctuaire est adossé un triple portique orgueilleux de ses colonnes en marbre d' Aquitaine..." "une forêt de pierres habille la partie centrale de ses colonnes se succédant jusqu' au fond" (lettre de Sidoine Apollinaire en 469-470, Bibliothèque Nationale).

Si nous ne pouvons voir aujourd'hui les vestiges encore en élévation de cette construction monumentale c'est que les cathédrales des siècles suivants ont toujours été reconstruites au même emplacement; cependant les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour un "groupe cathédrale" de trois édifices, Saint-Jean au sud, Sainte Croix au nord et le baptistère Saint-Etienne au centre.

En Afrique du Nord au contraire, aucun peuple bâtisseur n'a reconstruit (sauf de rares exemples) au-dessus des villes romaines : mais souvenons nous de la cathédrale lyonnaise en retrouvant les colonnes de nefs multiples ("forêt de pierres") , et les portiques adossés aux façades de nos basiliques chrétiennes de l'Afrique du Nord romaine.

En Algérie, c' est le plus souvent la terre apportée par le vent qui a recouvert les vestiges dégagés dès le XIXe siècle par les archéologues.

Ainsi à Tipasa, la cathédrale - le plus vaste édifice chrétien de l'Algérie, 58 m. sur 42 m. - construite probablement à la fin du IVe s. (comme celle de Lyon décrite par Sidoine Apollinaire) une nef centrale de 13 m de large flanquée de chaque côté par 3 collatéraux; par la suite la nef centrale fut divisée en 3 nefs constituant ainsi une vaste église de 9 nefs séparées par des colonnes et des piliers; un portique précède la cathédrale (pour Saint-Jean à Lyon, Sidoine Apollinaire parle "d'une forêt de colonnes et d'un triple portique".

Tipasa : le mausolée circulaire

Toujours à Tipasa, la comparaison continue entre la cathédrale du IVe s. de Lyon et l' église Sainte-Salsa qui est précédée par un portique profond de 3,40 m., limité par 6 piliers.

A Djemila, 3 églises constituent, comme à Lyon, un "groupe épiscopal" l'église cathédrale est, là aussi, de grandes dimensions : 36 m. de long (en comptant l' abside qui n'existe plus mais dont le plan est connu grâce à la crypte) sur 16,75 m. de large; chœur de 11 m. de profondeur et comme à Lyon encore , décor de mosaïque (elles sont au musée).

Les baptistères : Dans les premiers siècles du christianisme le baptême est donné par l'évêque : les baptistères sont donc construits près des cathédrales. A Lyon comme dans le grandes villes d' Afrique du Nord la cuve baptismale, où le baptême est donné par immersion, est au centre du baptistère.

A Lyon, la cuve baptismale du IVe s. a été protégée par la construction d'une église postérieure (l'église saint Etienne, remplacée elle même après la Révolution par un immeuble d'habitation). C'est la démolition de cet immeuble suivie de fouilles archéologiques qui a permis - entre 1971 et 1975 - de retrouver la cuve baptismale datable du IVe siècle . La cuve est polygonale, large de 3,66 m. à l'extérieur. Restaurée elle est visible dans le jardin archéologique au nord de la cathédrale.

Saint Etienne
Saint-Etienne: groupe cathédral de Lyon; vue générale du baptistère en 1975 au moment
des fouilles et avant démolition des murs modernes; l'abside est en bas et la cuve en haut,
le mur latéral nord, à droite (J.F. Reynaud, bibliographie citée).

A Tipasa; le baptistère était attenant à la grande basilique décrite plus haut. La cuve baptismale, ronde, avait 3,40 mètres de diamètre; elle est datable du la fin du IVe s. ou du début du Ve.

La cuve baptismale de TipasaLe baptistère de Djemila

 

A djemila, aucune construction postérieure n'a altéré la perfection de la construction du baptistère monumental, de plan circulaire (12,50 m. de diamètre) entièrement voûté et de la cuve baptismale carrée à margelle quadrilobée. Comme celle de Lyon la cuve de Djemila a pu être datée du IVe s. Un détail qui n' est pas sans importance souligne de manière originale les liens que nous recherchons: c' est Eugène Boerio architecte-voyer, grand-père d' une de nos très fidèle adhérente du Cercle de Lyon et de sa bibliothèque qui a été à l'origine de la mise au jour de ce baptistère de Djemila; une petite poterie romaine - sans doute dépôt pieux - contenant des pièces d'or et une bague en or a été trouvé sur le site et remis à la conservatrice Mme de Crésoles.

Bibliographie de la 2ème partie: "Analogies entre Lyon et l'Afrique du Nord"

Ces 4 derniers titres sont en rayon à la bibliothèque du Cercle de Lyon.

III Des liens plus étroits se tissent au XIXe siècle, tant sur le plan religieux que dans le domaine de la colonisation :

Sur le plan religieux nous avons déjà comparé les 3 basiliques : N.D. de Fourvière à Lyon, N.D. d' Afrique à Alger et Santa Cruz à Oran. Il est passionnant de se rendre compte par ces quelques recherches que la ferveur religieuse des premiers siècles chrétiens et du XIXe s. ont eu les mêmes résultats implantant cathédrales, baptistères, et basiliques de même date, de même style, d'un côté et de l'autre de la Méditerranée...

Au XIXe s. Lyon est une ville dont les communautés religieuses sont actives : nous avons retrouvé quelques liens avec l'Algérie :

C' est à Lyon où elle arrive à 20 ans que s' accomplira le destin d' Élise Rivet née à Draria (département d'Alger) en 1890. A 22 ans elle se présente au noviciat du Refuge de N. D. de la Compassion rue de l'Antiquaille à Lyon, elle y prononce ses vœux perpétuels. En 1933 elle est élue Supérieure Générale. C'est sur le terrain du monastère que sont mis au jour les deux théâtres gallo-romains de Fourvière. (les religieuses transportent terre et gravats espérant découvrir l'amphithéâtre où furent martyrisés les chrétiens en 177) Pour avoir, d'une façon active, participé à la résistance pendant l'occupation allemande elle est déportée et meurt à Ravenssbrück en 1945. Une cérémonie du souvenir a eut lieu à Draria, pays natal d' Elise Rivet, mère Elizabeth en religion, les 22 et 23 avril 1961. En son souvenir son nom a été donné au village de Rivet dans le département d' Alger.

C' est à Vénissieux qu'est la Maison mère des sœurs missionnaires de N.D. de Apôtres où étaient formées les religieuses qui formaient les missions évangéliques du continent noir.

Ancien doyen de la Faculté de théologie de Lyon, Mgr Pavy remplace Mgr Dupuch à l'épiscopat d' Alger en 1846; il remet de l'ordre dans les affaires du diocèse qui cesse en 1866 d'être suffragant d' Aix en Provence et est érigé en métropole archiépiscopale. Mgr Pavy est alors nommé archevêque mais meurt la même année. A cette date Oran et Constantine sont érigés en diocèses indépendants et deviennent suffragants d' Alger. (J. Gueydan : voir bibliographie)

L' abbé Callot, prêtre du diocèse de Lyon est nommé à Oran.

Ce sont quelques faits sans liens entre eux mais qui montrent que Lyon est très présent en Algérie.

Dans le domaine de la colonisation les liens sont nombreux d'abord entre Lyon et l' Algérie puis entre Lyon et la Tunisie.

Les colons lyonnais en Algérie :

Dès 1835 la présence de colons lyonnais en Algérie est attestée par une lettre qu'ils adressent à la Chambre de Commerce de Lyon et en 1900 40 colons d'origine lyonnaise sont recensés.

Au XlXe s. les "fouriéristes" étaient nombreux à Lyon, mouvement utopiste certes mais qui justifie le départ de ses adeptes vers des pays à "coloniser "; ainsi Arlès Dufour, grand soyeux lyonnais vend sa part d' héritage pour acheter un grand domaine à Oued el Alleug dans la Mitidja . Un autre lyonnais, Lucien Dayme, investi dans le commerce de vins et rachète dans la région de Bône - à Mondovi - la ferme Gazan, propriété aussi d' un lyonnais qui fut président du tribunal de Bône.

Beaucoup d' autres noms sont cités dans le livre de Christian Rendu qui nous a fourni de précieux renseignements (voir bibliographie en fin de chapitre).

Cependant en Algérie, la vie des nouveaux colons s'avère difficile; à la fin du XIXe s. Ils sont tentés par la Tunisie passée sous protectorat français où, dès 1882, la sécurité est assurée.

Les lyonnais en Tunisie : Économiquement la Tunisie est épuisée; par ailleurs les lyonnais ont des capitaux à placer : ils seront les premiers à s'installer en Tunisie. Christian Rendu, (bibliographie citée) est lui-même descendant de Joanny Rendu qui fut le deuxième investisseur lyonnais en "terre sfaxienne". Dépositaire du registre des délibérations du syndicat de la colonie lyonnaise en Tunisie (1900-1914), c'est à lui que nous devons tant de renseignements sur l'implantation des lyonnais en Tunisie : les Lançons, les Gillet qui y firent souche ainsi que Claude Charmetant qui vend la maison de son grand-père à Saint Symphorien d'Ozon dans le Rhône, pour investir dans l' agriculture en Tunisie sans pour autant abandonner son travail de soyeux (fabrication et vente), multiplier les domaines agricoles et implanter sa famille.

C'est par trois vagues successives que les lyonnais s'implantent en Tunisie, tous ne sont pas de riches investisseurs mais tous, achetant leurs propriétés plus ou moins fertiles, ont durement travaillé pour mettre en valeur un pays sous protectorat. A la différence de l'Algérie, il n'y avait pas de programme de "colonisation", avec attribution de lots qui, en Algérie, étaient insuffisants pour vivre. En près de 250 pages Christian Rendu dresse les biographies successives de tous ces pionniers lyonnais; nous n'avons rien de semblable pour l'Algérie.

Bibliographie de la 3ème partie (les liens au XIXe et XXe s.)

Ces 5 ouvrages sont à la Bibliothèque du Cercle Algérianiste.

Madeleine Vialettes,
bibliothèque du Cercle Algérianiste de Lyon.

RUBRIQUE HISTOIRE