
Lycée Dominique Luciani à Philippeville - Classe de Philosophie 1953-1954
Le 5 juillet dernier disparaissait notre ami et ancien vice-président du cercle de Lyon, André Quilici. Il nous a quitté à l'âge de 70 ans après une maladie sans appel. Le hasard vient de nous faire retrouver, dans un numéro de la revue "Ensemble" qui fut entièrement consacré à Philippeville, deux jolis dessins réalisés de main de maître par André ainsi qu'une photo de classe.
L'un des dessins représente la façade du lycée Dominique Luciani, quant à la photo de groupe, il s'agit de la classe de philosophie, année 1953-1954 au complet, avec le sourire de notre ami.
Le rédacteur de la revue exprime ses remerciements ainsi : "Parce qu'il nous permet de raviver des souvenirs chers à nos cœurs, nous tenons à remercier tous ceux qui ont collaboré à la réalisation de ce spécial Philippeville et en particulier à M. André Quilici pour sa contribution artistique."
Merci à toi, André.

Lycée Dominique Luciani à Philippeville

Quand en 1932, Robert Laffitte, sa licence passée en Sorbonne, doit choisir son terrain de thèse doctorale, c'est naturellement qu'il regarde vers l'Algérie, un territoire encore peu étudié et cinq fois plus vaste que l'Hexagone et qu'il accepte l'un des sujets les plus difficiles : le massif de l'Aurès, rugueux, sauvage, mal connu et de la taille de la Corse. Vite séduit par le pays où son ancêtre maternel Justin Canton avait été militaire à la Conquête et, bien plus tard, maire de Bougie, il cherchera à le connaître en tous sens de l'est à l'ouest et de la Méditerranée au Hoggar et il le portera en lui pour le reste de sa vie dans son époque heureuse comme dans la blessure du souvenir. "
Curiosité, une certaine impatience, difficulté à me plier à la discipline, le goût de "voir" … Quand il m'a fallu choisir une carrière j'ai choisi les sciences naturelles et, après une hésitation qui dura peu, la géologie plutôt que la biologie. J'espérais que le métier de géologue me permettrait mieux de voyager, de voir non seulement les pays mais aussi les gens ", m'écrivait-il un jour. Un sens de la liberté et un " goût de voir " qui devaient être dans ses gênes; son grand-père Baptiste "Paul" Laffitte, jeune anti-bonapartiste de Haute Corbière, avait échappé de justesse aux recherches de la police de Napoléon III pour partir à l'aventure vers la Louisiane, devenant plus tard un industriel respecté de Philadelphie et même, pour un moment, consul de France en cette ville. En fait, la famille souriait à l'idée d'avoir quelque lien de parenté lointaine avec le célèbre corsaire du même nom ! Mais pour Robert Laffitte il y avait bien plus dans son " goût de voir " que la simple curiosité du voyageur : le désir de comprendre et d'aller au fond des choses, les pays par leur sous-sol comme par leur histoire et leur préhistoire, les gens par leur langage comme par leur culture. "
Arrivé à Alger, le temps de me présenter au chef du Service géologique de l'Algérie, je suis reparti dans la semaine sur Batna et l'Aurès. J'ai ainsi découvert ce pays non pas comme un homme du XXeme siècle, mais comme un de ces pionniers qui rencontraient encore des "autochtones" qui ne connaissaient pas les Français et se montraient tels qu'ils étaient, alors que plus tard, ayant appris à connaître ceux devant qui il leur fallait s'incliner, ils ne livraient que ce qu'on attendait d'eux. J'ai donc eu une grande chance de me trouver parmi ces gens en ces années 30 à 40. Je pouvais dés 1932 parler avec eux dans leur langue ".
Quand vint le temps de son service militaire, c'est encore naturellement qu'il regarde vers le large et choisit la Marine. Rappelé en 1939, il vivra de près ou de loin les grandes tragédies qu'elle connaîtra à cette époque : le drame de Mers El-Kébir - dont il suivra les secrets heure par heure comme officier du chiffre à Casablanca -, les combats fratricides de Dakar, ceux du 8 novembre 42 et le sabordage de la Flotte de Toulon. Esprit objectif et inquisiteur qui aime aborder l'histoire par le caractère et les motivations de ses principaux acteurs peu d'entre eux échapperont à son regard critique, mais il gardera ses jugements pour lui quand il parlera de ces affaires en public avec l'objectivité d'un historien. Pourquoi cette réserve ? " J'ai été un marin ". Cette fidélité à l'égard des siens qu'on nomme "loyauté" allait chez lui de concert avec l'indépendance du jugement. Nous retrouverons l'une et l'autre tout au long de sa carrière.
Démobilisé, il reprend ses fonctions de géologue et se voit confier une nouvelle mission : le gouverneur général de l'Algérie, l'amiral Abrial, souhaite qu'on dresse un inventaire des ressources pétrolières du territoire. A cette époque, ces ressources se résument à un petit champ productif assorti d'une distillerie rudimentaire à Tliouanet dans le Cheliff, à un suintement de naphte près de Sidi Aïssa dont le produit est directement utilisé par quelques camions diesels et à une multitude d'indices mineurs qui ont déjà entraîné une longue histoire d'espoirs exagérés, de trous secs et de sociétés qui viennent et s'en vont, naissent et meurent, une histoire centrée pour l'essentiel autour du Bassin du Cheliff. En confiant le soin du rapport à Robert Laffitte, le directeur du Service des Mines et de la Carte géologique, Gaston Bétier, lui recommande de ne pas être trop clair dans son langage technique ni trop optimiste dans ses conclusions, autrement dit : le dossier ne manquera pas de finir entre les mains de l'Occupant. L'avis est facile à suivre; le rapport peut honnêtement conclure qu'il n'y a rien d'important à signaler sauf à étendre les recherches et il sera encore dans les tiroirs du gouverneur quand les Alliés débarquent en Afrique du Nord le 8 novembre 42.
La Marine rappelle alors l'enseigne de vaisseau Laffitte. Cette étude d'inventaire, l'attraction des espaces, son attachement pour l'Algérie et une nouvelle affectation totalement inattendue vont bientôt se combiner pour faire de lui à terme sinon le découvreur des grandes richesses pétrolières du Sahara, - un titre qu'il entendra partager avec toute une équipe de géologues, géophysiciens, foreurs et dirigeants -, mais du moins le véritable promoteur de leur exploration pour avoir été l'initiateur de cette équipe. Il va en trouver la clé au Moyen Orient. En effet, après deux ans de service actif, l'Amirauté le détache auprès du Ministère des Affaires Étrangères qui le fait nommer au printemps 1944 professeur de géologie à l'Université Farouk Ier. à Alexandrie. Sa mission accessoire est de prendre le pouls de l'opinion musulmane dans cette région du monde et en particulier celui de la jeunesse. Il s'en trouve une autre. Les possibilités pétrolières du Moyen-Orient, depuis la Mésopotamie et l'Iran jusqu'à la Libye en passant par l'Arabie, sont en train de connaître un renouveau d'activité.
De son poste et de ses périples alentour au contact des géologues anglais et américains qui ont repris -ou n'ont jamais quitté- leurs recherches, il découvre la nouvelle pensée de l'exploration pétrolière : il faut voir au-delà des anticlinaux de piémonts, regarder vers les grands espaces plus tranquilles, se méfier des indices trop évidents qui peuvent signaler aussi bien le voisinage d'un gisement que son épuisement, penser à la séquence alors nouvelle et aujourd'hui banale " roche-mère, roche-magasin et roche-couverture " et recourir à des méthodes sismiques pour découvrir des structures favorables là où la géologie de surface est muette. Les grandes découvertes de la plate-forme arabique et du Golfe ne font que commencer. Celles du Sahara vont lentement prendre forme avec son retour à l'université d'Alger, la guerre finie. Il va s'employer maintenant à convaincre le Service des Mines et le dirigeant de la section de recherches minières, l'ingénieur des mines Armand Colot, de ré-orienter son équipe vers les pétroles. Il fait signe à son ami géologue Michel Tenaille et à l'ingénieur de sonde Fernand Leca de les rejoindre depuis le Maroc où les premières découvertes pétrolières de la société qui les emploie semblent minces et sans lendemain. Ainsi va naître la SN REPAL - Société nationale de Recherches et d'Exploitation du Pétrole en Algérie - dont il sera géologue conseil et administrateur tout en occupant la chaire de Géologie Appliquée à l'Université d'Alger. Comme il est bon d'avoir un inspecteur des finances à la présidence d'une société d'État, le directeur des finances en Algérie, Roger Goetze, accepte le poste. Deux sondeuses italiennes de moyenne capacité sont récupérées en Libye comme dommage de guerre et mises en œuvre dans le Chéliff. Le Sahara est encore bien trop loin, trop cher et trop peu connu. A cette époque de l'après-guerre, les équipements de forage et de géophysique manquent autant que les moyens logistiques et financiers et quand ils commencent à être réunis, il y aura un autre obstacle à franchir : le grand-maître de la politique énergétique française Pierre Guillaumat pour qui la géologie est une science divinatoire a décidé qu'il n'y aurait pas d'aventure saharienne tant qu'il n'y aurait pas de découverte sérieuse dans le nord de l'Algérie. D'ailleurs il a invité la puissante Standard Oil à venir travailler dans les Territoires du Sud et, après études, elle s'est excusée, prouvant pour lui que les pétroles du Sahara étaient une utopie. Laffitte va pourtant poursuivre sa quête. L'opposition de Guillaumat fléchit quand la SN REPAL trouve un partenaire en la CFP, la Compagnie française des Pétroles (plus tard TOTAL), que sa part dans les pétroles d'Irak destine à la fortune.
En fin 1948 après une grande tournée saharienne avec Tenaille, Bruderer, chef géologue de la CFP, et Menchikoff le saharien, le schéma se met en place: formations favorables à la genèse et à la collecte du pétrole dans le Paléozoïque, couvertures épaisses d'argiles et de sel dans le Trias. Quant à la reconnaissance des structures sous les sables et graviers du désert si la sismique réflexion s'avère décevante, la sismique réfraction que recommande le patron de la Compagnie Générale de Géophysique, Léon Migaux, se révèle efficace. Un autre opposant s'est dressé au passage, un ami pourtant : le géologue méhariste Conrad Kilian, personnage haut en couleurs qui signe " L'Explorateur Souverain " ses mémorandums contre ce projet saharien. Un peu de jalousie professionnelle car dans la cinquantaine de ses notes méritantes sur la géologie du Sahara, le mot " pétrole " n'apparaît jamais ; mais aussi une grande idée concurrente : il veut que la France cesse de porter son intérêt vers le désert algérien aux possibilités douteuses ("une diversion" dit-il) et annexe le Fezzan, sa "Phezzanie", qu'il dote généreusement d'un potentiel pétrolier " plus grand que l'Iran et l'Irak réunis " et, précise-t-il, "qui existe bien" - quoiqu'il reste toujours à découvrir - . Sa campagne fait long feu, mais il faut l'évoquer car, inexplicablement, il est parfois cité aujourd'hui encore comme l'"inventeur des pétroles sahariens" aux dépens de l'équipe qui mérite ce titre.
La passion que Robert Laffitte a développée pour l'Algérie ne se limitera pas à étendre ses travaux et pérégrinations à l'ensemble de son territoire, il a voulu connaître aussi et comprendre en profondeur ses peuples et leur histoire. Si son "goût de voir" et sa profession l'amènent au cours de sa carrière à visiter le monde, - de l'Islande et du Spitzberg à la Grèce, du Maroc à l'Égypte et au Liban, de la Maurétanie et de la Sierra Leone à la Turquie et aux Indes, de l'Australie aux USA, au Canada, au Mexique, aux Antilles-, l'Algérie reste la terre où il a pris racine, s'est marié et a vu ses enfants naître. Hassi R'mel, Edjeleh, Hassi Messaoud. Nous sommes maintenant en 1960. Le terrorisme s'est essoufflé. L'avenir brille. N'a-t-on pas souvent comparé l'Algérie à la Californie pour sa taille, sa nature, ses ressources ? De Gaulle en décide autrement.
Dans les misères de l'Abandon, si atroces et impardonnables pour avoir été si clairement évitables, Robert Laffitte a partagé la peine des Pieds Noirs, déchirement de la terre qu'il avait tellement aimée et fait sienne, sentiment d'une injustice nationale, perte des travaux d'une vie, auquel s'est ajoutée pour lui l'amertume de connaître trop bien à la fois la chance perdue et le gâchis assuré. Mieux que quiconque il avait avancé et vécu l'essor de l'exploration pétrolière en Algérie, évalué son potentiel, étudié l'histoire de la fondation française et l'anarchie des siècles qui l'avait séparée de la paix romaine ; il pouvait lucidement apprécier l'immense folie d'abandonner ces richesses aux plus incapables de tous les candidats au pouvoir et savoir ce qu'ils en feraient dans leur État né par la terreur, formé au butin plutôt qu'à l'entreprise et décidé à s'enfermer dans une religion dont l'esprit totalitaire et fataliste l'inquiétait.
L'Algérie dite "nouvelle" qui doit à la France son nom, ses frontières, ce qui lui reste de champs fertiles, de routes et de barrages, le Sahara qui ne lui avait jamais appartenu et le robinet pétrolier d'où coulent quatre-vingt dix pour cent de ses exportations, a voulu abolir la mémoire de ses pionniers, effaçant ainsi celle de Robert Laffitte, initiateur des découvertes sahariennes, grand géologue de l'Algérie et dernier doyen de la Faculté des Sciences d'Alger. C'est là toute la triste histoire de ce pays qui honore les noms de ceux qui l'ont conduit à la déchéance en reniant ceux dont l'œuvre jusqu'à ce jour l'aide à survivre et c'est aussi l'infortune de ce peuple invité depuis quarante ans à chercher ailleurs qu'en lui-même les raisons de sa malédiction. La mémoire de Robert Laffitte est pourtant loin de disparaître ailleurs. Elle reste bien vivante parmi tous ceux qui l'ont connu, dont ceux qui comme moi ont eu le privilège de l'avoir eu pour maître et pour ami.
André Rossfelder 19 juin 2003
Robert Laffitte naquit le 4 juin 1911 à Paris. Il s'est éteint 1e 24 avril 2003 à Toulouse où il a été inhumé. C'est une personnalité éminente de la communauté des Français d'Algérie qui nous a quittés. Il ne s'était pas contenté en effet de mener à bien une oeuvre scientifique remarquable, il avait mis avec un égal succès tout son dynamisme au service de la direction et de l'administration de la recherche, tant académique qu'appliquée. En portent témoignage les responsabilités qu'il a assumées en milieu universitaire - n'a-t-il pas été le dernier doyen de la Faculté des sciences d'Alger ? - et encore les fonctions qu'il a exercées comme conseiller scientifique au Service de la carte géologique de l'Algérie, également comme administrateur à la S.N. REPAL ( Société National de Recherche et d'Exploitation des Pétroles en Algérie ), à la C.P.A. ( Compagnie des Pétroles d'Algérie ) et à la SEREPT ( Société d'Exploration et de Recherche des Pétroles en Tunisie ), etc...
Après ses études scolaires à Paris, Robert Laffitte avait obtenu sa licence es sciences à la Sorbonne à l'âge de vingt ans et dès l'année suivante, en 1932, il avait intégré le laboratoire de géologie du Muséum National d'Histoire Naturelle. Il était alors parti préparer en Algérie sa thèse de doctorat d'État qu'il soutint également en Sorbonne en 1939.
Outre une année de service militaire, il fut mobilisé à trois reprises : avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, en particulier en 1942-1944; au total trois ans et six mois de service dont 19 mois de service à la mer en temps de guerre, en qualité d'Officier de Réserve Interprète et du Chiffre de la Marine nationale.
En avril 1944, mis à la disposition du Ministère des affaires étrangères, il est nommé professeur, chef du département de géologie de la faculté des sciences de l'Université Farouk Ier à Alexandrie. En août 1945, il devient maître de conférences à là faculté des sciences d'Alger, puis en 1948 professeur sans chaire et enfin, en 1950, professeur titulaire de la chaire de géologie appliquée à la même faculté. Dès 1958, il assure les fonctions d'assesseur du doyen et en mars 1961, devient doyen de la faculté des sciences d'Alger, à une époque où des événements tragiques rendaient cette fonction particulièrement délicate. En 1962, comme la plupart d'entre nous, la fin du statut français des départements d'Algérie l'oblige à quitter Alger. Il est alors nommé pour quelques mois professeur à l'Université de Nancy et enfin, à l'automne 1963, professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle, titulaire de la chaire de géologie, fonction qu'il conservera jusqu'à sa retraite en 1980.
Quand sa carrière scientifique débute en 1932, ce Jeune Parisien n'a pas 21 ans. Il se voit confier l'étude géologique du massif de l'Aurès. Robert Laffitte n'est jamais allé en Algérie et, avant de partir, on dit qu'il a cherché la position de ce massif sur un atlas. Il avait à étudier et à cartographier une superficie de l'ordre de 10 000 km², couvrant deux cartes au 200 000éme. L'Aurès est un pays attachant mais rude, coupé de vallées encaissées et de gorges parfois infranchissables. Le relief y était accusé, allant des sommets les plus élevés de l'Algérie - largement enneigés l'hiver - à des zones les plus boisées du pays et jusqu'aux dépressions désertiques nord-sahariennes. C'était à l'époque un pays peu accessible, dépourvu de routes et même de pistes carrossables, aux implantations européennes très rares. Notre jeune géologue parcourut ainsi, le plus souvent à pied et logeant chez l'habitant, ce vaste massif pendant 24 mois, entre 1932 et 1936, sur une distance totale qu' il estime lui-même à 25 000 km. Les résultats de cette étude ont été un mémoire magistral de plus de 300 pages et une magnifique carte géologique au 200 000éme, tous deux publiés par le Service de la carte géologique de l'Algérie. Cette étude s'est avérée fondamentale pour la connaissance du Crétacé de l'Est-algérien et même de la Berbérie dans son ensemble. Ces travaux de recherche furent couronnés par le prix Victor Rolin de l'Académie des Sciences en 1941 et le prix Fontannes de la Société géologique de France en 1942. Un géologue d'une université de l'Est-algérien me disait il y a quelques semaines : "malgré de nombreux travaux de détail, malgré des précisions locales récemment apportées, la géologie de l'Aurès c'est toujours dans Laffitte qu'on la trouve", en dépit des 64 ans écoulés.
Par la suite, il étendit ses recherches aux régions les plus diverses du territoire algérien et tunisien, travaillant aussi bien dans l'Atlas saharien que dans les régions plus septentrionales du Tell et en particulier dans le massif du Darha, dans le bassin du Chélif et dans de très nombreuses provinces. Ces recherches avaient en général un caractère académique; mais d'autres s'inscrivaient dans la mission sur les potentialités pétrolières de l'Algérie qui lui avait été confiée par le Service des Mines sur requête du Gouvernement Général, de 1940 à 1942.
Dès 1950, il déploya une activité considérable pour préparer la 19ème session du Congrès Géologique International qui s'est tenu à Alger en 1952. De l'avis de tous, ce Congrès fut un succès remarquable. 440 délégués et 1129 membres représentèrent 82 pays à cette manifestation. Les itinéraires des quelque 50 excursions que Robert Laffitte coordonna et contribua à organiser, permirent pendant plus de deux mois de parcourir l'Algérie, la Tunisie, le Maroc et l'Afrique occidentale française, sur 145 000 km au total. Travaux en salle et excursions géologiques permirent d'illustrer l'œuvre considérable accomplie par des géologues, des mineurs, des hydrogéologues, des pédologues français sur cet immense pays en à peine plus d'un siècle. Pour ce même congrès, Robert Laffitte a également assuré un travail éditorial considérable, avec la préparation des monographies régionales avant le Congrès et les travaux des différentes sessions après sa tenue. Ces publications représentent au total l'équivalent d'environ 35 volumes in quarto.
La diversité des terrains d'étude couverts par Robert Laffitte l'avait préparé aux travaux de synthèse. Il allait donner sa mesure dans ce domaine en participant de façon très active à la rédaction de la deuxième édition de la carte géologique au 500 000ème de l'Algérie du Nord et du Sahara, publiée en 1952, et aux quatre feuilles de la très belle carte géologique de l'Afrique du Nord d'Ouest au 2 000 000ème également publiée à l'occasion du Congrès. Rappelons aussi qu'il avait initié un grand nombre de thèses universitaires et patronné un certain nombre de thèses de géologues praticiens ( pétroliers, hydrogéologues, pédologues, géologues miniers, etc... ). les unes et les autres couvrant l'Algérie et son Sahara et une partie de la Tunisie. Il avait également initié une étude de géologie marine profondément originale en Algérie, grâce à laquelle cette marge, inconnue avant ces travaux, avait en quelques années fait l'objet de reconnaissances et d'études prometteuses.
Dans sa longue carrière scientifique, Robert Laffitte a occupé de nombreuses fonctions importantes dans les instances de réflexion et de direction de la recherche française et de son administration. Il a été président du Comité National Français de Géologie, a siégé plusieurs fois au Comité National du C.N.R.S. ainsi qu'au Comité Consultatif des Universités et au Conseil National Supérieur de l'Enseignement et de la Recherche. Il a été président de la Société géologique de France et directeur scientifique au B.R.G.M. ( Bureau de Recherche Géologique et Minière ). Sa compétence scientifique étant largement reconnue à l'étranger, il a été vice- président de l'Union Internationale des Sciences Géologiques. Il était officier de la Légion d'Honneur, commandeur des Palmes Académiques et officier du Mérite Saharien.
Robert Laffitte restera comme le prototype de cette pléiade de savants, d'ingénieurs, de techniciens, d'officiers qui ont consacré leur vie à l'étude de cette Afrique du Nord dans des conditions difficiles et parfois même dangereuses, du fait de l'isolement, des difficultés d'accès et de circulation, de l'immensité des régions désertiques et des conditions climatiques. Il faut réaliser que si dans le domaine de la civilisation et de la culture, Emile-Félix Gautier a pu parler des "siècles obscurs", dans le domaine de la connaissance naturaliste et géographique, l'Afrique du Nord en 1830 se trouvait dans les ténèbres les plus épaisses. A côté de l'essor économique imprimé par la France à la Régence d'Alger qui végétait dans la misère la plus totale, on ne parlera jamais assez de ces hommes, de ces géographes, de ces topographes, de ces géologues, de ces zoologistes, de ces botanistes, de ces hydrogéologues, de ces prospecteurs, de ces pédologues, de ces météorologistes et de ces historiens, de ces préhistoriens, de ces archéologues, de ces médecins qui ont accompli une oeuvre magnifique, la plus indiscutablement désintéressée. Ils ont hissé en un peu plus d'un siècle cette terra incognita au niveau d'exploration et de connaissance d'un pays civilisé. Robert Laffitte était l'un des premiers d'entre eux. Il était d'un abord affable et avenant. Il parlait volontiers et témoignait alors d'une très vaste culture. Il avait beaucoup lu et, en outre, était un excellent observateur. Il avait circulé un peu partout dans le monde, attentif à l'homme autant qu'aux paysages et à la géologie. Il aimait cette Algérie profonde, si sévère, si rude, parfois si désolée mais toujours si attachante. Il avait épousé une jeune Française d'Algérie, bibliothécaire à l'université. Renée Saquenet, et ils eurent trois enfants, Bernard, Frédéric et François. Il était décidé à accomplir toute sa carrière en Algérie et même à y finir ses jours. Un destin injuste en décida autrement.
Pendant ces années de travail sur le terrain, en particulier dans l'Aurès. l'isolement de ce jeune métropolitain au milieu des populations berbères a été le plus souvent total, il a pu ainsi passer, dès l'une de ses premières missions, plus de trente jours sans entendre un mot de français. Ayant contracté la malaria, il est resté un mois entre la vie et la mort dans un douar isolé, sans même que l'administrateur de la commune mixte en fût prévenu. Cette immersion dans la population indigène, dont il avait appris la langue, l'a enrichi d'une connaissance parfaite de celte population, de ses mentalités, de son histoire contemporaine. Il ne connaissait pas moins bien le petit peuple des Français d'Algérie, ces petits blancs, ces colons du bled qui s'efforçaient de faire produire une terre pauvre, trop souvent salée ou marécageuse, ou craquelée de sécheresse et brûlée d'un soleil dont l'éclat cru et impitoyable était plus apprécié du peintre ou du touriste que du laboureur.
Fort de cette expérience, Robert Laffitte a écrit et publié à 83 ans un livre magnifique : "C'était l'Algérie" (*). Je ne rappellerai au sujet de ce livre - couronné du Grand prix algérianiste Jean Pomier - que deux points parmi une multitude qui m'ont frappé. Robert Laffitte y explique que, s'il a pu pénétrer et comprendre la mentalité des indigènes du bled. encore peu affectés par les influences de la modernité, ce fut d'abord grâce à ces centaines de journées et de soirées passées en compagnie de ces hommes sur le terrain ou dans les gourbis et les mechtas, dans la plus totale intimité avec eux. Et plus encore, s'il a pu comprendre les fondements souvent irrationnels de leur personnalité, c'est parce qu'il a su écouter ces hommes avec une patience et une sympathie profonde, à l'exclusion de toute moquerie, de toute dérision et même de tout humour. Un autre fait est historique. Certains auteurs citent encore les écrits de Germaine Tillon, ethnologue aux a priori idéologiques, qui a parcouru l'Aurès vers la même époque et affirma que les chaouïas ont été "clochardisés par la colonisation française". Robert Laffitte, quant à lui, montre clairement dans son livre que la paix française - opérée sans coup férir dans l'Aurès par les troupes du général de Saint-Arnaud -, en mettant fin aux raids et aux razzias des nomades du Sud. a permis une augmentation rapide et très sensible des surfaces emblavées par les indigènes eux-mêmes, qui se sont mis aussi à planter des arbres et à édifier des maisons en dur; ce qu'ils avaient renoncé à faire dans l'insécurité antérieure.
Son livre fut son ultime message et nous pouvons lui être reconnaissant car il nous fait bénéficier d'une étude quasiment ethnographique, éclairée d'anecdotes multiples et illuminée de l'amour qu'il portait à ce pays et à ceux qui l'avaient façonné et progressivement civilisé.
Georges DILLINGER
Le 18 juin 2003
(*) Robert Laffitte : C'était I'Algérie. Éditions Confrérie-Castille, 1996. en vente à Diffusion de la Pensée Française, B.P. 1 - 86190 Chiré-en Montreuil.
Robert LAFFITTE n'est plus, l'algérianisme est en deuil.
Bien que natif de la métropole, sa carrière de géologue l'avait conduit à se considérer comme un natif de l'Algérie qu'il chérissait et il avait trouvé dans le Cercle Algérianiste une structure satisfaisante à la défense de notre mémoire.
Depuis 1986 jusqu'à cette année encore il n'avait cessé de produire des articles dans notre revue montrant l'éclectisme de ses intérêts.
Il s'était ainsi intéressé à des hommes de valeurs pour lesquels l'Algérie avait été un point de passage voire un ancrage dans leur vie. Ce fut le cas du maréchal de Saint Arnaud, étude très fouillée sur les réactions de cet officier lors de la conquête. Presque simultanément il rappela le grand arabisant qu'avait été William Marçais et je sais que son intimité avec Georges Marçais, grand défenseur de l'Algérie Française, n'y était pas étrangère. En 1989 il nous offrit une étude minutieuse de lbn Khaldoun la terminant par cet étonnement face aux critiques de cet éminent écrivain : lbn Khaldoun était-il arabe ? Plus récemment en 1996 il avait suivi le périple tumultueux d'un grand savant français Arago autour de cette mer méditerranée qu'il aimait tant.
Les articles de R. Laffitte participaient aussi de la connaissance de l'Islam. Lui qui l'avait découvert, non seulement jeune étudiant dans le bled des Aurès, mais aussi plus tard au Moyen Orient, il le disséquait comme un grand scientifique qu'il était. On retrouve ces analyses dans ces descriptions de la Libye à l'Iran mais aussi lorsqu'il rappelle les trois calendriers musulmans.
Mais c'est surtout la défense de l'œuvre de la France en Algérie qui restait son combat préféré avec toujours le souci d'étayer toute discussion par des vérités historiques inattaquables. Ce pays qu'il avait appris à année, il le décrivait dans un détail inconnu de la plupart comme ces animaux sauvages de l'Algérie d'autrefois. C'est pourquoi il avait incité le cercle de Toulouse à produire en 1997 les bases de notre argumentation sur l'œuvre de la France en Algérie et pour laquelle il avait magistralement rédigé l'introduction et la conclusion.
C'est dans ce même esprit qu'il a écrit cet ouvrage de base de la connaissance de notre pays "C'était l'Algérie". Il plaisait à ce naturaliste, de n'y point parler de géologie mais de l'histoire des hommes et plus particulièrement de ceux qui avaient été les premiers européens sur ce sol, les romains; mais le géologue n'est-il pas l'historien scientifique le plus crédible ?
Au cercle de Toulouse ses interventions remarquées avaient permis à tous de juger de l'éminence de ses connaissances. Quelles leçons de pédagogie ne donnait-il pas à bon nombre de conférenciers besogneux lorsqu'il développait ses propos sans notes lors de ses interventions ! Outre les sujets dont j'ai parlé, repris dans l'Algérianiste, il cernait au plus près dans ses conférences le pays qui l'avait conquis, ferrant l'intérêt de son auditoire avec une iconographie toujours bien adaptée. Là aussi son éclectisme était éclatant:. Passant des îles Baléares au drame de Mers el Kébir, des premiers habitants de l'Algérie aux religions qu'ils avaient développées, ou aux paysages dont il étaient imprégnés, l'auditoire était toujours charmé. Malgré son grand âge il n'hésitait pas à parcourir la France auprès de tous les cercles locaux pour y apporter sa bonne parole.
Mais si on veut une preuve de l'intérêt de Robert Laffitte à l'Algérianisme, on peut là trouver dans ses participations aux discussions engendrées à l'issue des conférences. Toujours assis au premier rang il était aussi le premier intervenant quel que soit le sujet et quand cela ne se faisait pas on s'étonnait en fond de salle : "monsieur Laffitte n 'est-il pas là aujourd'hui ? ". Ainsi il racontait les souvenirs de son Algérie et faisait souvent découvrir à l'auditoire un trait de leur pays qu'ils ignoraient.
Vice-Président efficace au sein du conseil d'administration du Cercle de Toulouse il y apportait une vision précieuse de fin lettré et de scientifique rigoureux. La encore il s'y distinguait par une assiduité remarquable. Il me revient que cet hiver encore par une température plus proche de zéro que de celle d'un doux hiver algérois, il repartait dans la nuit, nue tète, après des conseils d'administration qui s'éternisaient au-delà de ce qu'il jugeait efficace.
Pour les membres du conseil d'administration, qui ne le côtoyaient que depuis peu, il se caractérisait par une modestie et une discrétion remarquables, qu'ils étaient étonnés de rencontrer chez le dernier doyen de la Faculté des Sciences d'Alger, et le savant émérite à l'origine de la découverte du pétrole saharien.
Il se dévouait sans compter pour porter bien haut l'action de la France et n'admettait pas la désinformation sur notre passé colonial. C'est ainsi qu'il avait été un artisan des plus utiles lors de l'élaboration de l'exposition de notre cercle. "C'était l'Algérie", dont il avait lui-même suggéré le titre emprunté à son ouvrage.
Aujourd'hui nous perdons un membre éminent garant de notre mémoire et sommes orphelins d'un guide précieux pour la défense de nos valeurs algérianistes.
Bernard Donville
Gabrielle MéléoNous avons la douleur de vous faire part du décès de Madame Méléo Gabrielle à l'âge de 104 ans. Elle était née LUZET, à Villars, petit village proche de SOUK-AHRAS dans une famille de pionniers qui à force de travail avait créé une propriété agricole prospère. Elle avait épousé Blaise Méléo de Souk-Ahras, éleveur-agriculteur à Khémissa, près de Sédrata, décédé en 1942 des suites de ses blessures de la guerre de 14-18.
Secrétaire des Veuves de guerre en Alger, elle s'impliqua dans tous les combats pour l'Algérie française et tout particulièrement dans le sursaut patriotique du 13 Mai 1958. Avec sa présidente et des représentants du Comité d'entente des Anciens Combattants, elle fit partie d'une délégation reçue dans les ors des palais de la République. C'était le temps des illusions... Elle poussa le courage jusqu'a aller distribuer des tracts Algérie Française dans la casbah, au grand étonnement de ses habitants qui n'étaient pas à l'époque particulièrement hostiles. Elle s'attendait plus tard au pire et avait préparé un petit baluchon avec quelques effets personnels et une boîte de DDT pour le cas ou elle aurait été invitée à loger à la prison Barberousse.
Parmi les nombreux avatars du rapatriement le plus douloureux fut certainement, au cours d'une messe demandée par l'ANFANOMA de NANCY pour les défunts d'Algérie, le sermon du prêtre qui leur asséna que les Pieds-Noirs payaient pour les péchés qu'ils avaient commis.
En 1984 elle était retournée en Algérie et avait vu les cimetières, ou reposaient les siens, dévastés (Villars, Fauvelle,Canrobert) à l'exception de celui de Souk-Ahras alors que le monument aux morts de cette ville avait été jeté à la mer. Elle n'a pas voulu être enterrée en France.
A sa demande son corps a été incinéré et ses cendres dispersées en Méditerranée."
Georges, Marcel et Marc Méléo
Henri Torregrossa, membre fondateur du Cercle Algérianiste de Lyon est décédé le vendredi 26 janvier 2007 à Lyon. C'était un ami personnel de 60 ans. Né à Mostaganem, le 6 janvier 1926, Henri avait commencé des études de Pharmacie, à la Faculté d'Alger. Il céda très vite à la tentation du Journalisme. Il commença sa carrière dans les quotidiens algérois en 1947, et notamment à "l'Echo d'Alger". Ses articles et reportages brillants étaient toujours marqués d'humour. Après le rapatriement, il continua sa carrière de journaliste au "Progrès de Lyon", et il y resta jusqu'à l'âge de la retraite dans les années "90".
Très séduit par l'Algérianisme, c'est, en 1984, au sein de l'équipe de Jacques Canton-Debat, qu'il fut un des initiateurs, puis membre fondateur de notre propre Cercle. Il en fut un administrateur actif et écouté, jusqu'en janvier 2002. Auteur de nombreux articles touchant à l'Algérie, il marqua naturellement de son empreinte, durant ces 16 années, la vie régionale du Cercle. Aujourd'hui, toutes mes pensées vont vers Colette, son épouse, et vers ses 2 enfants.
Adieu, mon Ami...
Boris Kan.
Chers amis,
Nous venons d'apprendre, par son épouse Colette, le décès de notre Adhérent et ami très cher : Henri Torregrossa. La gentillesse d'Henri allait de pair avec une immense érudition, un grand talent de journaliste, et un grand amour de sa terre natale ou il vivait. Sa signature était très connue, en Algérie, dans les colonnes de l"Echo d'Alger". Par ailleurs, ses écrits étaient entendus et commentés bien au delà de l'Algérie, tout au long des tragiques événements de la période 1954-1962. Il continuera son métier qui le passionnait en Métropole, pendant les longues années d'exil. Journaliste au Progrès de Lyon, il devint par la suite Rédacteur en chef du "Progrès-Dimanche".
Nous avons perdu un ami très précieux, mais son souvenir et ses écrits resteront imprimés dans nos mémoires. Il a beaucoup lutté et avec un grand courage contre le mal qui le frappait. Aujourd'hui nos pensées vont vers son épouse Colette et ses 2 enfants.
Le conseil d'Administration du cercle Algérianiste de Lyon.
Texte de l'allocution prononcée, le 31 janvier 2007,
par Jacques Canton-Debat, Président-fondateur du Cercle de Lyon,
en l'Eglise St Nom de Jésus, lors des obsèques d'Henri Torregrossa.
"Gui ! Liane ! Palmier ! Mon âme vous envie
"Mon cœur voudrait un lierre et s'enlacer à lui
"Pour passer mollement le gué de cette vie…"
"Passer mollement le gué de cette vie…" Ce fut loin d'être le cas pour vous, mon cher Henri, comme je l'avais hélas constaté lors d'une trop rare et trop lointaine visite.
Je ne vous avais pas oublié pour autant !
En Algérie, je vous connaissais bien, mais seulement par votre signature en bas de nombreux éditoriaux de "unes", tous toujours parfaitement léchés en particulier dans "L'Echo d'Alger".
Et c'est à Lyon que nous devions faire connaissance où vous me rappeliez spontanément des souvenirs algérois communs, ayant pour cadre le Boulevard Victor Hugo bordé de ses magnifiques palmiers.
C'était en 1984 lors des toutes premières heures du Cercle algérianiste de Lyon. Vous en avez été l'une des chevilles ouvrières des plus actives, grâce à votre entregent et à votre dynamisme, grâce à vos nombreux amis, d'ici et de "là-bas".
Tout naturellement, adhérent du Cercle algérianiste parmi les premiers, vous en deveniez aussitôt administrateur et spécialement chargé des relations extérieures. Tout naturellement, aussi, vous avez été - après le Professeur Goinard - le second de nos conférenciers, le 26 novembre 1984. Le sujet traité ? Selon le titre que vous aviez proposé : "Souvenirs humoristiques d'un journaliste algérois".
A l'occasion de nos nombreuses rencontres, vous évoquiez souvent, Cher Henri, - presque sur le ton de la confidence, comme vous parliez - un certain Petrus Borel et son "lycanthrope".
J'ai, enfin, voulu en savoir davantage sur ce poète, resté dans l'ombre, pourtant contemporain et ami de Théophile Gautier et de Victor Hugo.
Les vers que je citais, tout à l'heure, sont de lui.
Et j'ai compris les raisons de votre intérêt. Petrus Borel, était Lyonnais, originaire de votre terre d'accueil. Lui aussi, il avait été journaliste. Et par la suite, il devait obtenir un poste d'inspecteur de la colonisation en Algérie, plus précisément à… Mostaganem - votre ville de naissance -, là où il s'installait définitivement, là où il repose sur les rives de la Méditerranée.
Ce sont d'autres rivages, d'autres cieux, qui vous accueillent aujourd'hui...
Cher Henri, désormais libéré de votre souffrance, rejoignez la place qui vous est préparée. Dormez en paix maintenant.
Pour nous, - et particulièrement pour vous, Chère Colette, et pour vous, ses enfants, qui pouvez vous glorifier et bénir le ciel d'avoir eu un tel mari et un tel père – animons-nous, tous, au service de l'exemple qu'il nous a donné.
Et n'oublions jamais que la manière vraiment digne d'honorer les morts que nous pleurons, c'est de recueillir - avec reconnaissance -et de faire valoir - avec fidélité - l'héritage de leurs sentiments et de leurs vertus.
Jacques CANTON-DEBAT
1er Président et fondateur du Cercle Algérianiste de Lyon.
Ci dessous, quelques lignes, d'Anne Torregrossa, sa fille, lues au cimetère, par le Pasteur ami de la famille.
"......Le journalisme aura été la grande passion intellectuelle d'Henri. Il aimait écrire, analyser, découvrir, expliquer. En un mot, il aimait informer. Ceux qui l'ont connu professionnellement se souviennent de son esprit curieux de tout, de sa mémoire et de son érudition, de son humour (et même de son amour des canulars !), de son appêtit de rencontre, de son amour de la discussion... De son intégrité aussi. Il était totalement indifférent à ce qui fait courir tant d'hommes : l'argent, le pouvoir, les honneurs...".
Un geste émouvant d'Emile Azoulay, ami d'enfance d'Henri Torregrossa, et Président de "Rhône-Alpes Israël-Echanges".

Notre ami, notre frère, le Capitaine Rabah KHELIFF est décédé le 3 novembre 2003. Il avait 70 ans. Il était adhérent du Cercle Algérianiste de Lyon au titre de Président de l'Union Nationale des Anciens Combattants Français Musulmans ( U.N.A.C.F.M. ).
Nous le savions gravement atteint, mais nous espérions tous le voir triompher une fois de plus de l'adversité, comme il l'avait si souvent fait sur les champs de bataille, et en particulier à Dien Bien Phu. Il a été présent jusqu'à son dernier souffle aux côtés de ses frères Anciens Combattants et Harkis qu'il a défendus de toutes ses forces.
Il avait tenu à organiser lui-même la journée nationale du 25 septembre à Lyon en hommage à leur tragique destin. Ce fut une réussite mémorable à laquelle, épuisé, il n'avait pu assister, mais sa présence était dans tous les esprits. Il avait réussi à obtenir du Président de la République qu'elle soit célébrée tous les ans sur tout le territoire.
Le 5 juillet 1962 à Oran, seul officier français à enfreindre les ordres prescrits, il fit face à l'A.L.N. avec ses chasseurs, arrachant des centaines de ses compatriotes Pieds-Noirs à une mort certaine, s'exposant ainsi aux foudres du Général Katz.
Il était commandeur de la Légion d'honneur et de l'Ordre National du Mérite. Profondément croyant, il avait été un des fondateurs de la Grande Mosquée de Lyon, dont il assurait la présidence.
Nous garderons en mémoire son imposante silhouette, sa légendaire bonté, sa sagesse, son mépris du danger, son sens du devoir et son patriotisme. C'était un sage, dans toute l'acception du terme.
Rabah KHELIFF, nous ne t'oublierons jamais !
A sa veuve, à ses enfants et petits-enfants, nous présentons nos condoléances attristées.
Boris KAN