
Un village dans le Sersou, une rue et un monument à Lyon portent ce nom. Qui aujourd'hui se souvient de Burdeau mort il y a un peu plus de cent ans ? Qu'a-t-il fait pour que son nom soit donné à un village algérien ainsi qu'à une rue de Lyon ?
Le très beau livre "BURDEAU - SERSOU ( 1905 - 1962)" édité en 1996 par L'Amicale Burdeau - Sersou, nous apprend qui était ce lyonnais dont le nom a été donné à un village de colonisation créé par le décret du 13 septembre 1904. La biographie de la page 55 est résumée ci-dessous :
Auguste Burdeau est né à Lyon dans une famille très pauvre, situation encore aggravée par la mort du père. Obligé de travailler dès I' âge de dix ans, apprentissage de tisseur de soie, il réussit à étudier pour obtenir un succès au concours d'interne au Lycée de Lyon, puis au Collège Sainte Barbe à Paris. Il est reçu au concours de l'Ecole Normale en 1870, mais il s'engage pour combattre contre la Prusse, blessé, fait prisonnier il s' évade; à 20 ans, il reçoit la Légion d' Honneur.
A sa sortie de I' Ecole normale il est reçu à l' Agrégation et nommé professeur de philosophie au Lycée de Nancy. Il fonde le " Bulletin de Correspondance Universitaire", est nommé au Lycée Louis Le Grand à Paris, puis au Conseil Supérieur de l'Instruction Publique. Remarqué par Gambetta, il devient chef de cabinet de Paul Bert, ministre de l'Instruction Publique. Burdeau est élu député du Rhône en 1885; il revient souvent à Lyon pour donner des conférences, malgré ses travaux à la Chambre des députés où il est rapporteur du budget de L'Instruction Publique, puis chargé du rapport sur l'Algérie qu'il visite pour se rendre compte des réalités locales. C'est alors qu' on lui propose le poste de Gouverneur Général qu'il décline. Après le succès, en 1890, de l' expédition du Dahomey, il est nommé ministre de la marine et des colonies en 1892, ministre des Finances en 1893, et enfin Président de la Chambre des Députés quand il meurt fin 1894.
Voilà donc l' homme que Lyon et l' Algérie ont voulu honorer :
Dès le 8 janvier 1895, le Conseil Municipal de Lyon donne son nom à la rue du Commerce et un comité local se forme pour ériger une statue, mais il est devancé par le comité parlementaire qui inaugure le 1er juillet 1901 un monument sur la tombe de Burdeau au cimetière du Père Lachaise : Oeuvre du sculpteur Alfred Boucher et de l' architecte Etienne, sur une pyramide de granit se dresse le buste en bronze de Burdeau; devant la pyramide une jeune fille, symbolisant la postérité (1).
Le montant des sommes recueillies par le comité lyonnais est faible et malgré l'aide de la municipalité, il ne dispose de moyens insuffisants pour ouvrir un concours. De passage à Lyon, le sculpteur A. Boucher accepte d' étudier l'emplacement choisi par la Ville pour le monument et présente un projet : "Fontaine monumentale en pierre sur laquelle la statue de Burdeau en bronze se détacherait en saillie sur un bas relief rectangulaire en bronze" (2).
La dépense estimée pour avoir une statue en pied de deux mètres serait de 80 000 Francs. Malgré la subvention accordée par la ville cette somme est loin d' être atteinte, aussi le comité demande à Boucher un second projet dont il présente la maquette : "Une Muse de l'Histoire", réplique en bronze de la statue en marbre qu' il a exposée au Salon de Paris en 1898; le coût du monument serait alors seulement de 25 000 Francs, mais le Conseil Municipal qui tient à un ensemble plus grandiose pour dominer la perspective descendant par un large escalier jusqu' à la place Sathonay, préfère la fontaine monumentale et vote une subvention de 55 000 Francs.
La direction des travaux est confiée à l' architecte Gaston Trelat. Le monument inauguré le 28 juin 1903, domine la rue Burdeau, au bas du jardin des Plantes, juste au dessous de l'amphithéatre romain où les premiers martyrs chrétiens de Lyon ont été livrés aux fauves en 177.
Le monument achevé parait plus lourd que la maquette conservée à l'Hotel de Ville, mais il a été conçu pour être vu d' en bas, de la place Sathonay où se dresse la statue du Sergent Blandan.
Sur la face arrière, un bas relief en bronze d'une jeune femme, allégorie de l'Histoire, présente les étapes de la vie de Burdeau : soldat, professeur, député, ministre. Le bas relief et la statue ayant été fondus en 1942, il ne reste sur le revers du monument qu'une inscription :
BURDEAU
1851 - 1894
Aide-toi La République t'aidera
Peut-être l' Association " BURDEAU -SERSOU " pourrait-elle obtenir l'accord de la municipalité de Lyon pour remplacer le bas relief fondu pendant la guerre par une plaque évoquant le souvenir du village qui a maintenant perdu son nom d' origine ?
Article publié dans la revue "L'Algérianiste" N° 88 de décembre 1999
Notes :
(1) Journal Le Progrès, 2 juillet 1901
(2) Lettre du Comité au Maire du 18 janvier 1900
La photographie de la sculpture d'Auguste burdeau au cimetière du Père Lachaise provient du site : http://gargl.net/lachaise/index.html