Le sergent Blandan, Lyonnais et Héros de Beni-Mered en Algérie

Le Sergent Blandan

Le Sergent Blandan est un personnage légendaire connu et honoré autant à Lyon qu' il l'était en Algérie. La ville de Lyon a toujours eu des relations particulières avec l'Algérie Française, et ceci dès le lendemain de la conquête :

En 1830 Lyon était une ville frontière toute proche de la Savoie. Aussi juste après la révolution de juillet, une troupe de " Volontaires du Rhône " avait été formée pour " libérer la Savoie ", qui ne sera française que trente ans plus tard. Mais Louis-Philippe ne voulait pas de guerre avec le royaume de Piémont-Savoie. A cette troupe sans emploi de volontaires lyonnais, il fut proposé un engagement dans l'armée qui avait conquis Alger : un grand nombre de volontaires acceptèrent, composant ainsi un début de l'Armée d'Afrique.

Quelques années plus tard la Chambre de Commerce de Lyon est en rapports suivis avec la toute nouvelle Chambre de Commerce qui vient d' être créée à Alger (1). Les fondateurs du Crédit Lyonnais participeront au développement de l'économie algérienne.

Le Sergent Blandan un Lyonnais. Blandan Jean, Pierre, Hippolyte est né à Lyon le 9 février 1819, fils d 'un employé d'octroi de la ville de Lyon, Pierre François Blandan, né à Lons-le-Saunier en 1795 et mort à Lyon en 1857. Engagé volontaire le 24 février 1837, Jean Blandan participe à la campagne d'Afrique à partir de 1838.

Le 11 avril 1842, commandant une demi section, il est chargé d'escorter le courrier de Boufarik à Blida. Au lieu dit " Béni Mered ", il est attaqué par plus de trois cent cavaliers arabes : il sut résister plusieurs heures et sauver le courrier. Il mourut de ses blessures, le lendemain à I'hopital militaire de Boufarik.

D'où la citation à l'ordre de l'Armée de Son Altesse Royale le Duc d'Aumale :

Combat de Béni-Mered (11 avril 1842)
Blandan, sergent au 26° de ligne, chef de détachement, tué.
Leclair, tué.
Giraud, amputé.
Elie, mort de ses blessures.
Béal, blessé.
Lecomte, blessé.
Laurent, blessé.
Bourrier, blessé.
Michel, blessé.
Laricout, tué.
Bire, Girard, Estal, Marchand, Monot, non blessés, tous soldats au 26° de ligne.
Villars Brigadier au 4° chasseurs d'Afrique, blessé.
Ducasse, chasseur, tué.
Lemercier, non blessé.
Ducros, chirurgien sous-aide, amputé.

"Pour perpétuer la mémoire de ce glorieux combat, soutenu dans la Mitidjah; entre Bou-Farick et Béni-Mered, par cette poignée de Français contre une nuée d'Arabes, le gouvernement a autorisé l'érection à Béni-Mered d'un obélisque dont le fût, haut de 22 mètres repose sur une base disposée en fontaine." (2)

C'est donc l'un des deux monuments qu'on rencontrait en allant d'Alger à Blida par la route. Le second est la statue de Boufarik :

Le conseil municipal de Boufarik décida le 29 juin 1884 de l'érection d'un monument à la mémoire du Sergent Blandan. Après concours la réalisation a été confiée à l' architecte Henri Petit pour le socle en pierre de l' Échaillon (Isère) et au statuaire Charles Gauthier pour la statue et les bas-reliefs en bronze (fonderie de frères Thiébaut à Paris). L'inauguration eut lieu le 1er mai 1887, place Mazagran à Boufarik. (3)

En 1962 la statue en bronze put être démontée, transportée à Nancy , elle a été installée dans la cour de la caserne Thiry, berceau du 26° régiment d'infanterie . (4 )

Et à Lyon qu'a-t-il été réalisé ?

Dès 1842, le Conseil Municipal fait le projet d'un monument au Sergent Blandan (D.C.M. 45/22), mais l' idée demeure sans suite, si ce n'est une subvention de 1 000 francs pour la construction du monument de Béni-Mered (D.C.M. du 9 février 1843). En 1885, l'exemple de la commune de Boufarik remet le sujet d'actualité: la même somme de 1 000 francs est attribuée pour le " monument de Bou-Farick" (sic...) (D.C.M. du 16 juin 1885).

Puis par délibération du 26 avril 1887, une rue est nommée "Rue du Sergent Blandan"(5), c'est l'ancienne rue appelée Saint Marcel depuis 1680. C' était la voie du Rhin du Lugdunum gallo-romain. Une impasse donnant dans cette rue prend aussi le nom du Sergent Blandan.

Mais la commémoration du Sergent Blandan dépasse le seul cadre de la ville de Lyon: l'initiative d'ériger un monument au héros de la conquête de l'Algérie vient d'un comité présidé par le Général Zédé, gouverneur militaire de Lyon. Ce comité rassemble 31 associations d'anciens militaires ayant servi en Algérie et la Société fraternelle des anciens soldats du 26° de ligne.

Une souscription, approuvée par le Conseil Municipal le 20 décembre, est lancée. Le comité, en accord avec celui de Boufarik désire honorer la mémoire du Sergent Blandan en même temps dans les deux villes en faisant couler par le fondeur Thiébaut un second exemplaire de la statue destinée à Boufarik afin de pouvoir l'inaugurer le 14 juillet 1899.

Mais le maire de Lyon, docteur Gailleton, qui était présent à Boufarik le 1er mai 1887, veut pour Lyon une statue originale, conçue et réalisée par un sculpteur lyonnais. Un concours est donc ouvert auquel participent Aubert, Devaux, de Gravillon, Lamotte, Millefaux et Vermare. Parmi les maquettes présentées le jury choisit celle de Lamotte dont c'est la première commande officielle pour une oeuvre importante car il avait été classé second pour le monument à Carnot pour Lyon et pour celui à Emile Augier pour Valence.

L'architecte Joseph Dubuisson est chargé du piédestal qui sera élevé au Centre de la place Sathonay dont la rue Sergent Blandan forme le coté sud. Le centre de la place est déjà occupé par le monument à Jacquard, celui-ci est transporté sur le plateau de la Croix Rousse, le quartier où les ouvriers tisserands , les "Canuts", se sont installés au XIX° siècle, quand le nouveau métier Jacquard a nécessité des plafonds plus hauts que ceux du vieux quartier Saint Georges où ils étaient installés depuis le XV1° siècle.

L'inauguration est fixée pour le 11 avril 1900, date anniversaire du combat de Béni-Mered, mais elle doit être retardée de 11 jours. Elle est célébrée avec beaucoup de faste, comme en rend compte le journal lyonnais Le Progrès du 23 avril 1900 (6) :

"Sur un socle rectangulaire, décoré d'une Croix de la Légion d'Honneur retenue par deux branches de laurier, se dresse la mâle figure du Sergent Blandan. La baïonnette en avant, les poings fermés de rage impuissante, la jugulaire relevée sur le shako, dans l'attitude du soldat qui défend chèrement sa vie et va mourir pour sa patrie, le héros de Béni-Mered adresse son dernier cri à ses valeureux compagnons d'armes :

"Courage mes amis, défendez vous jusqu' à la mort"

Description du monument (7) :

Statue de bronze par Thomas Lamotte; hauteur 2,80 mètres; prix 13 000 Francs, placée sur un socle de pierre de Comblanchien. Architecte J. Dubuisson, entrepreneur Roybin, coût total 19 420 francs.

Inscriptions du socle sur la face principale :

Nous rendre, jamais ! courage mes amis
défendez vous jusqu à la mort

Sur le soubassement :

Ce monument a été élevé par souscription publique
sur l'initiative de la société des anciens soldats du 26° de ligne
avec le concours des sociétés d'anciens soldats
de la ville de Lyon et des sociétés patriotiques

Sur les cotés: dates de naissance et décès du sergent Blandan et la mention du combat.

Etat actuel du monument: Une statue en pierre remplace l'élégante statue de bronze de 1900 !

Avant le 1er décembre 1941, la statue de bronze du sergent Blandan avait été déposée à l'insu de la municipalité et envoyée au "Dépôt des métaux non ferreux", pour récupération du métal destiné aux besoins de l'agriculture et de l'industrie (en fait pour les réquisitions de l'armée allemande d'occupation).

La statue de Jacquard avait aussi été enlevée de son socle du boulevard de la Croix-Rousse. De nombreuses autres subiront la même destruction. La municipalité de Lyon, avec I' appui de la Commission des Musées et de la Société d'Embellissement de la Ville réussit à sauver de la fonte les bronzes les plus prestigieux, par exemple le LOUIS XIV équestre de la place Bellecour, la SAONE et le RHONE des frères Coustou. Certains bronzes déposés seront cachés jusqu' à la libération, en particulier à la mairie.

Dans la séance de la Commission Générale du 1 er décembre 1941, le maire de Lyon, Georges Villiers, propose d' inscrire au budget communal un crédit pour "la réfection en pierre ou en marbre des statues de bronze envoyées à la fonte". La Commission unanime se range à l'avis du maire.

Le 12 octobre 1942, une plaque commémorative est inaugurée au fort de la Motte qui prend le nom de "Caserne du Sergent Blandan", et le garde encore. C'est un des forts construits à partir de 1834, conçus autant pour protéger la ville d'une attaque par la Savoie, que pour maintenir l'ordre à l' intérieur.

Le 12 décembre 1942, une délibération du Conseil Municipal décide :

"La statue de Jacquard a été enlevée la première; c'est donc celle qui sera la première remplacée par une statue de pierre, puis ultérieurement celle du Sergent Blandan auquel nous tenons tous beaucoup. Un concours est ouvert pour la statue de Jacquard; le produit de la vente du bronze sera affecté au remplacement par une statue de pierre, il s'y ajoutera des versements faits par l'état." (6)

La réparation des destructions dues à la guerre (bombardements et destruction des ponts) devait retarder ce remplacement aussi bien pour Blandan que pour Jacquard. En 1959 la situation n' a pas évolué; le 6 août, Emile Poulard, petit fils de Chardot, le dernier survivant des compagnons de Blandan, écrit au Maire pour déplorer le très mauvais état du piédestal du monument Blandan recouvert de mousses et sali de fientes de pigeons, ce qui rend les inscriptions illisibles; il veut le nettoyage et le remplacement de la statue. Le maire de Lyon , Louis Pradel fait ouvrir un concours qui doit être rendu au plus tard le 1 er juin 1960 : aucun artiste ne propose de projet.

Le Maire s' adresse alors à Lapandéry et Tajana, artistes associés. Chacun d'eux propose une maquette; elles sont exposées dans la Cabinet du Maire et soumises à I' avis des adjoints du 1 er arrondissement où se trouve le socle de pierre veuf de sa statue depuis bientôt 30 ans. La soumission des deux artistes du 25 octobre 1960 pour un projet commun est approuvée en Conseil Municipal la 9 mai 1961, puis par un décret du 20 novembre de la même année. Lapandéry meurt avant la fin de l'exécution de la sculpture; Tajana achève la statue qui est inaugurée le 10 janvier 1962 ! Coût 17 875 francs pour le statue en pierre de Chauvigny et 6 600 francs pour la restauration du socle et des inscriptions gravées.

La sculpture actuelle diffère peu de celle en bronze; Blandan ne brandit plus son fusil les deux bras écartés du corps: la pierre ne permet pas les mêmes détails que le bronze. En 1998 la pierre est devenue un peu grise, mais semble régulièrement nettoyée par les services municipaux. Le sergent Blandan veille toujours sur les jeux d'enfants et les concours de boules organisés dans la square au centre de la calme place Sathonay, à deux pas des rues d'Algérie et de Constantine qui joignent la place des Terreaux et l' hôtel de ville avec la Saône.

Pierre Vialettes

(1) J.Canton-Debat L'Algérianiste n° 68 p.27
(2) Cité par P. Christian in L'Afrique Française p. 494 Editeur A. Barbier Paris 1846.
(3) Arnaudies Esquisses anecdotiques et historiques du Vieil Alger p. 215 Edition Barthélemy Avignon 1990
(4) Ph. Escande Les Médailles d' Algérie p.40 Editions Harriet Hélette 1996, en commentaire de la médaille distribuée lors de l'inauguration de la statue de Boufarik en 1887.
(5) M. Vanario Les rues de Lyon à travers les siècles (XIV° au XX°) Editions LUGD 1990.
(6) Archives Municipales de Lyon.
(7) G. Gardes Le monument public français : l'exemple lyonnais . Thèse de doctorat d'Etat Paris 1. 1986.

La photographie du Sergent Blandan provient du site : http://www.alyon.org

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